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Entretien avec Philippine Pierre-Brossolette.

Vous êtes à l’origine de cette pièce : qu’estce qui vous a donné envie d’adapter ce livre d’entretiens entre Annick Cojean et Gisèle Halimi ?

Je l’ai découvert en novembre 2020, lors du deuxième confinement. Sa lecture m’a fait tellement de bien par toute l’intelligence, par toutes les nuances de cette femme, Gisèle Halimi, que j’ai ressenti le besoin profond et tenace de partager ce texte. Je le dis souvent : ce livre est comme un cadeau qu’il faudrait offrir à un petit garçon ou à une petite fille parce que c’est une parole qui guide, éduque et éclaire. Il y a une lumière chez Gisèle Halimi qu’il fallait transmettre.

Quel lien entreteniez-vous avec la figure de Gisèle Halimi avant de l’interpréter sur scène ?

Je connaissais son parcours pour en avoir entendu parler par ma famille, par des amis. Je suis une grande admiratrice de ces héroïnes du XXe siècle qui se sont battues pour les bafouées et Gisèle Halimi a toujours été une source d’inspiration. Il y avait chez elle une telle persévérance qu’elle finissait par forcer le destin. C’est une leçon pour tout le monde, quel que soit le milieu social.

L’adaptation a été travaillée avec Agnès Harel et Léna Paugam, qui signe la mise en scène. Comment s’est déroulée cette collaboration ?

Dans un premier temps, nous avons travaillé avec Agnès Harel et envoyé cette adaptation à Annick Cojean et aux ayants droit qui l’ont totalement validée. Un mois avant les répétitions, Léna Paugam a voulu retravailler l’emboîtement des passages et en rajouter plusieurs. Nous avons aussi introduit quelques extraits radiophoniques car Gisèle Halimi avait donné de nombreuses interviews à France Musique et France Inter. En les insérant dans la pièce, il s’agissait d’y faire surgir une parole moins écrite.

Avez-vous visionné des archives visuelles d’Halimi pour préparer le rôle ?

Oui, mais pas du tout aux fins de l’imiter. Ce qu’on essaye de faire avec Ariane Ascaride, c’est plutôt d’incarner une parole, d’incarner l’émancipation d’une femme pour être au service des ses émotions, de ses combats politiques, de sa fougue et de son insoumission. On ne voulait surtout pas faire un biopic !

Vous optez pour une incarnation dédoublée avec Ariane Ascaride. Pourquoi ce choix ? Et pourquoi Ariane Ascaride ?

Le parti-pris, c’était d’avoir deux générations et deux intimités différentes sur le plateau. Je trouvais très intéressant ce phénomène de balance, de faire en sorte que cette parole impacte autant les jeunes que des personnes plus mûres. Je ne connaissais pas Ariane personnellement, mais je trouvais que c’était une artiste éblouissante à travers son incandescence et ses combats. Elle les mène de façon très fidèle et il m’a paru évident qu’elle serait parfaite pour donner de ce qu’elle est au personnage de Gisèle Halimi.

La pièce est une reconstitution chronologique de la vie de Gisèle Halimi. Comment vous êtes-vous réparti les tranches de vie avec Ariane Ascaride ?

Reconstitution chronologique, oui, même si nous l’avons pensée également par thèmes : sororité, engagement, féminisme… Pour la répartition des séquences, c’est le choix de Léna Paugam qui a prévalu, mais il y a eu aussi des passages qui nous tenaient plus à cœur à Ariane ou à moi. C’est un choix qui relevait de l’intime de chacune et qui me fait penser à ce que Musset disait : « J’ai ma vie entière sur les lèvres. » Nous sommes tombées parfaitement d’accord !

Quelle part de l’engagement de Gisèle Halimi admirez-vous le plus ?

La pièce couvre soixante-dix ans de combats. Dès son plus jeune âge, elle n’a jamais consenti à se résigner. C’est une résistante et une héroïne qui force le respect et l’admiration. Pour prendre la défense de l’Algérie et de son indépendance, elle a mis sa vie en péril. La marque de fabrique des grands héros, c’est quand la vie de l’autre et plus importante que sa propre vie.

Il y a une dimension testamentaire dans la pièce : de quoi hérite-t-on ?

On ne peut penser l’avenir sans avoir de la mémoire. Nous héritons d’un chemin que Gisèle Halimi nous propose et qu’il faut suivre. Et qu’il faut surtout protéger car les libertés sont extrêmement fragiles.