Son enfance difficile semble ne pas avoir eu de prise sur sa bonne humeur. Antoine Oliver est né à Caen en 1947, de parents espagnols. " Mon père était communiste et recherché par le pouvoir franquiste, qui l'avait même condamné à mort. Il est donc venu s'installer en France ", raconte le septuagénaire. Sa mère meurt en lui donnant naissance. Le petit garçon est alors placé dans une famille normande qui compte déjà une dizaine d'enfants et dont il est le souffre-douleur.
" Je n'y étais pas bien traité. Comme mon père ne payait pas la pension, j'avais sans cesse des corvées supplémentaires. Ensuite, avec mon père, nous avons vécu dans un bidonville, sans eau ni électricité. Nous avions acheté une ancienne cage pour lions que nous avions aménagée. Mon père croyait que j'allais à l'école, mais en fait, j'allais récupérer des morceaux de ferraille pour gagner quelques sous ", confie le bénévole du centre social Louise-Michel et de l'espace Mikado, qui a exercé plusieurs métiers dans sa vie.
Il a notamment travaillé au cirque Pinder, où il montait les bancs. Il a aussi été chauffeur routier, pendant près de trente ans. " Je faisais souvent de longs trajets, de nuit même, mais j'aimais mon travail ", assure-t-il. Et puis un jour, il y a une vingtaine d'années, la directrice du centre social, qui le voyait effectuer des travaux de mécanique, le sollicite pour animer un atelier de mécanique pour les femmes : ni une ni deux, le Tremblaysien décide de s'engager et de leur apprendre à changer une ampoule ou une roue !
Nadia Malki se souvient de ces ateliers. Elle-même est bénévole au centre social depuis septembre dernier. " Mais je fréquente l'endroit depuis longtemps : je venais avec mes trois enfants, qui participaient à des activités ", souligne cette native du Maroc. Elle a vu le jour en 1974 et a rejoint son mari en 1996 à Tremblay, où elle vit toujours.
Nadia partage
Forte d'un niveau bac, Nadia avait déjà travaillé auprès d'enfants au Maroc. Depuis 2009, elle est Atsem (agent territorial spécialisé des écoles maternelles) dans une école de Villeparisis. " Pendant le Covid, j'ai bénéficié d'une autorisation spéciale d'absence, à cause de problèmes au coeur qui me rendaient très vulnérable. J'ai repris récemment, mais c'est vrai que pendant cette période d'inactivité, j'ai voulu m'occuper. En septembre dernier, je suis devenue bénévole au sein du centre social : j'interviens à Louise-Michel et à l'espace Mikado ", détaille la quadragénaire.
Son truc à elle, c'est la cuisine en général et la pâtisserie en particulier. Elle anime justement l'atelier pâtisserie. " J'aime vraiment partager mon savoir-faire ! Les élèves sont des femmes seniors ; il y a une très bonne ambiance. Nous changeons à chaque fois de type de gâteau ", poursuit cette ancienne animatrice du groupe de marche, qui a dû arrêter lorsqu'elle a repris le travail. Pas question en revanche d'abandonner l'atelier de pâtisserie du mercredi après-midi, pour lequel il y a " énormément de demandes ".
En à peine un an, Nadia est devenue une figure importante du centre social. " Quand il y a des messages à faire passer - par exemple une nouvelle activité à annoncer -, on me demande de faire circuler l'information. Et souvent les participantes potentielles me disent : "Si tu y vas, alors on y va aussi !" Ce centre, c'est un peu comme ma deuxième maison ; j'y ai fait tellement de belles rencontres... " , s'émeut la bénévole, qui s'est récemment rendue à Lille pour le congrès national des centres sociaux.
Monsieur bricolage fait de la magie
Antoine, lui, a animé différents ateliers : pêche au Vieux-Pays ou encore pétanque pour les enfants. Le retraité est de toutes les sorties du centre social. Sans compter que (ne le répétez pas), chaque année, le père Noël du centre social, c'est lui ! À cause de problèmes de santé, l'habitant du Grand ensemble a levé le pied sur les animations, ce qui ne l'empêche pas de venir tous les jours : " Ici, je répare tout ce qui est cassé ! On m'appelle d'ailleurs Monsieur bricolage. "
Mais ce qui l'a rendu célèbre dans la ville, c'est son talent de magicien. " Ah oui, c'est un vrai professionnel, fait remarquer Nadia. C'est très impressionnant de le voir. Mes enfants se souviennent d'ailleurs très bien de lui. " Antoine aime faire ses tours au centre social ou pour des associations. Il s'est notamment produit à l'espace Jean-Ferrat.
Capable de déchirer un magazine et de le faire réapparaître intact, il affectionne les tours de cartes. Il faut aussi le regarder, espiègle, sortir trois morceaux de corde de tailles différentes qui, comme par enchantement, finissent, en passant par ses mains expertes, par devenir égales.
En entendant Nadia évoquer les pâtisseries qu'elle confectionne, il glisse qu'il aimerait bien les goûter, surtout les mille-feuilles ou les crêpes à mille trous, une spécialité marocaine. Le dernier mot revient à Nadia, qui prend des cours de couture et d'informatique au centre social et semble s'être révélée avec le bénévolat : " C'est tellement humain d'aider les autres ! "