Leurs échanges illustrent l’intérêt qu’ils ont porté à cette œuvre au contenu sociologique.
"D'où est venue l'idée de transformer le livre en BD ? " ; " Que ressentiez-vous face à ces violences policières ? " ; " Pourquoi avoir dessiné des chats à la place d'humains ? "... : à la médiathèque Boris-Vian, ce vendredi matin, les questions fusent. Durant deux heures, 65 élèves de première SES (sciences économiques et sociales) du lycée Léonard-de-Vinci échangent avec Valentin Gendrot et Thierry Chavant, les auteurs de la bande dessinée Flic, en lice pour le prix Social'BD (voir encadré ci-dessous).
Cet album de 148 pages est une adaptation du livre Flic - Un journaliste a infiltré la police, écrit par Valentin Gendrot, journaliste indépendant qui relate l'enquête qu'il a menée sous couverture au sein même du commissariat du XIXe arrondissement de Paris, de mars à août 2019. L'auteur raconte en particulier le tabassage d'un adolescent noir de 16 ans par un policier et la tentative d'étouffer l'affaire alors qu'une plainte est déposée.
Des policiers incarnés par des chats
Cette histoire vraie a donné aux élèves l'envie d'interroger les auteurs sur la genèse de la BD. " Elle est le fruit de ma rencontre avec Thierry, qui est un dessinateur spécialisé dans les enquêtes journalistiques et d'investigation, répond Valentin Gendrot. Il nous a paru évident d'adapter l'histoire de mon infiltration et d'en faire aussi un objet autonome. C'est-à-dire de créer un récit graphique à partir de mon livre. Le monde félin imaginé par Thierry remplit ce rôle. "
Dans la bande dessinée, les policiers sont en effet incarnés par des chats. " Dans un décor réaliste, des corps humains avec des têtes de chats permettent au lecteur de se défaire de ses a priori sur les policiers, estime Thierry Chavant. Il garantit l'anonymat des personnes côtoyées par Valentin tout au long de son infiltration. Et ces personnages animaux offrent une puissance narrative digne d'une fiction. "
La bande dessinée dévoile les suites de l'infiltration de Valentin Gendrot et son interrogatoire par l'IGPN (inspection générale de la police nationale). En effet, après les révélations du journaliste, la " police des polices " a déclenché une vaste enquête sur le commissariat en question. Les investigations sont toujours en cours.
Socio, vidéo et radio
Dans le cadre des cours de sciences économiques et sociales dispensés par Cécile Lesavre et Clément Chanteloup, les élèves ont étudié les articles de sociologie sur les forces de l'ordre qui sont cités dans l'oeuvre. Ils ont par ailleurs préparé la rencontre avec les deux auteurs avec le journaliste Martin Delacoux, notamment spécialisé dans l'éducation aux médias.
" Ce travail avait pour objectif d'échanger avec les auteurs d'une des 6 BD sélectionnées par les organisateurs du prix ", précise Cécile Lesavre. " Cela leur donnait l'opportunité de poser toutes les questions qu'ils souhaitaient et de parfaire leur compréhension de l'oeuvre. "
Pour présenter les différentes BD, certains élèves ont réalisé de courtes vidéos et des émissions radio. Ces dernières sont éligibles au prix "Un certain regard", décerné par les organisateurs du prix Social'BD. 24 élèves se rendront d'ailleurs à Rennes le 11 mai, pour assister à la remise des prix.