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Les échecs, Augus­tin Droin y est venu très tôt, et cette passion ne l’a plus jamais quitté. Après avoir disputé ses premières parties contre ses parents, il est invité par un copain à prendre part à un atelier de son école. Le coup de foudre arrive quand on lui propose de participer à une compétition.

« J’avais 8 ans et mes parents m’ont inscrit dans un club parisien, Nomad’Échecs, où j’ai passé huit ans, raconte l’adoles­cent. À l’époque, le club n’était pas tellement porté sur la compétition. Aujourd’hui, il y a des entraî­neurs haut de gamme, tout à fait réputés, mais ça reste un club d’enfants. Pour faire des progrès, j’avais besoin d’al­ler vers un club adultes. »

Un ami, adhérent du TAC Échecs, lui propose de rencontrer Ilyass Msellek, l’entraî­neur tremblaysien. Conquis, Augus­tin rejoint le club en septembre der­nier : « Il y a des joueurs très forts ici, c’est idéal pour progresser. Et Ilyass est un excellent entraîneur. J’appré­cie la façon dont il nous coache avant les parties. C’est essentiel de travail­ler en équipe avant d’entrer dans un tournoi », fait remarquer le jeune joueur, né à Paris en 2006. Sa plus grande réussite à ce jour est d'avoir fini troisième au cham­pionnat du monde des moins de 16 ans en septembre 2022 (ex-aequo en points avec le second).

En 2018, il avait été cin­quième du cham­pionnat d'Europe des moins de 12 ans, et depuis, il est systématiquement sur le podium du championnat de France de sa catégo­rie d'âge. Il a aussi été champion de Paris amateurs adultes à 11 ans, et a remporté quantité d'autres tournois. L'adolescent est déjà maître inter­national (MI), un peu l’équivalent de la ceinture noire au judo : le titre suprême que tout le monde rêve d’ob­tenir et que l’on garde à vie.

Beaucoup de stress

En France, on compte quelque 125 MI ; seuls 3, dont Augustin, ont moins de 18 ans. MI est l’avant-der­nier titre le plus important de la discipline : au-dessus, il y a les grands maîtres internationaux (GMI). « Aux échecs, le calcul est très important. Il faut évaluer le problème, cher­cher des hypothèses. Il faut aussi savoir gérer sa fatigue et posséder une bonne condition physique, même si tout se passe dans le cerveau ! Je fais d’ailleurs constamment des parties dans ma tête », explique l’élève de 1re, scolarisé dans un lycée parisien.

Chez lui, une bibliothèque est remplie d’ouvrages sur les échecs. « J’adore compulser ces livres, même si cela reste de la théorie. Il faut ensuite être capable de la mettre en pratique. Il y a tellement de facteurs qui entrent en jeu dans une partie… En tout cas, j’aime gagner – même si perdre fait aussi partie du jeu. Je pense que tout le monde peut jouer aux échecs, poursuit le jeune champion, mais il faut reconnaître que la compé­tition ne convient pas à tous. Elle engendre beaucoup de stress et de pression. Mes deux petits frères, par exemple, qui jouent aussi aux échecs, n’ont pas ce goût de la compétition. » 

Le championnat du monde des moins de 16 ans, auquel il a pris part en septembre 2022, s’est déroulé durant deux semaines en Roumanie. « J’y ai disputé 11 rencontres, avec un seul jour de repos. Une partie peut durer entre deux heures et demie et six heures. Après six ou sept rounds, le cerveau a besoin de repos ! Cela ne nous empêchait pas, avec les autres membres de la délé­gation française, de jouer le soir entre nous », se souvient Augustin.

Les bouchées doubles pour rat­traper les cours

« Dans ma catégorie, il y a un Indien qui est vraiment au-des­sus du lot, salue le prodige du TAC Échecs. Les Indiens sont d’ailleurs en train de concur­rencer fortement les Russes, qui ont longtemps été les meilleurs au monde. J’ai tenté d’analyser la partie avec lui ensuite, mais son accent quand il parlait anglais était très prononcé… Ça a donc tourné court. En tout cas, mon objectif est de le battre la prochaine fois ! »

C’est à la suite de ce tournoi qu’Au­gustin Droin est devenu MI. « Le titre de GMI, j’aimerais bien l’ob­tenir avant de décrocher mon bac. On m’a prévenu que c’était ambi­tieux, mais ne dit-on pas aussi que la chance sourit aux audacieux ? », glisse le lycéen, qui, plus tard, aime­rait devenir chercheur en physique. Il est conscient que ces études qui s’annoncent exigeantes vont sûre­ment le contraindre à lever le pied côté échecs dans les prochaines années.

« Prendre part à des tour­nois qui durent plusieurs jours, souvent à l’étranger, me conduit à manquer pas mal de cours. Il faut que je mette les bouchées doubles pour rattraper tout ça. Mais ça va, je ne néglige pas mes études », assure le jeune garçon, qui trouve aussi le temps de s’adonner au badminton.

Pourrait-il s’imaginer devenir joueur professionnel et vivre de sa passion ? « Cela reste très aléatoire, car si l’on perd dans les tournois, on ne gagne pas d’argent », explique le joueur. Que peut-on donc lui souhaiter pour l’avenir ? Lui qui a manifestement la tête sur les épaules prend le temps avant de répondre : « Parvenir à exer­cer le métier dont je rêve, et, bien sûr, rester heureux en jouant aux échecs. »