D’où vous est venue l’idée de ce spectacle ?
Raphaëlle Delaunay : On avait envie de travailler ensemble et de poursuivre un travail entamé dans le cadre de la réalisation d’un courtmétrage. À partir de ça, on s’est dit qu’on aimerait bien essayer une autre voie – et d’abord celle de l’improvisation en studio, sans autre enjeu que de voir ce qui se produirait. Hop ! est né de ces rencontres.
Jacques Gamblin : Ce moment d’improvisation avec une caméra qui a duré quatre ou cinq jours a été assez magique. On s’est dit qu’il y avait quelque chose qui se passait. C’est toujours une surprise car rien n’est donné d’avance.
Comment Hop ! s’est-il écrit ?
J. G. : Ces improvisations nous ont donné une somme de séquences. On a profité du confinement pour faire une sorte de montage un peu grossier, mais qui nous a donné un fil. Ce n’était pas conscient au départ.
R. D. : En fait, ça s’est fait en faisant ! On ne s’est pas dit : « Tiens, on va faire un spectacle ensemble. » Cela s’est fait malgré nous, avec le plaisir d’approfondir une trame, une matière.
J. G. : On s’est beaucoup amusés, c’est la clé !
Vous signez tous les deux la mise en scène ; est-ce à dire que vous travaillez dans une parfaite parité ?
J. G. : Oui, on peut dire ça. L’écriture s’est travaillée en partant de cette matière première : la danse de Raphaëlle. On considère que c’est une coréalisation, avec l’appui d’Emmanuel Daumas [un metteur en scène qui assure une collaboration artistique sur la pièce] ; il est venu très tôt se greffer à l’équipe et il nous accompagne sur la tournée.
R. D. : Je ne sais pas si le terme « parité » est le plus juste. L’idée est que chacun est venu avec son univers, ses forces et ses faiblesses. Entre les mots, entre la danse, il y avait le profond désir de quelque chose qui s’imbrique, voire d’une collision !
Qu’est-ce que c’est, Hop ! : la rencontre de deux personnages, l’un plus dans la danse et l’autre plus dans les mots ?
J. G. : Oui, il y a deux personnages, certes, mais Hop !, c’est aussi le moment où l’on se lance, où l’on prend le risque d’une rencontre et où l’on se jette à l’eau. Hop !, c’est un mouvement.
R. D. : On trouvait que c’était un mot qui amenait le mouvement, l’élan et une suspension – un moment où on ne peut plus revenir en arrière. Je trouve que c’est un mot très poétique.
Comment le spectacle est-il construit ?
J. G. : On peut dire qu’il est assez séquencé. Ce n’est pas une narration chronologique. Les choses se racontent presque malgré nous et c’est ce qui nous intéresse également, de ne pas être aussi linéaires qu’on pourrait l’être dans une pièce de théâtre. On est plus aériens, par petites touches. Ce qui est gratifiant (on l’a déjà joué sept fois), c’est que malgré le côté diffracté du spectacle, les gens se laissent prendre par le truc.
R. D. : Hop ! emprunte à plusieurs genres : il y a des scènes où c’est plutôt réaliste, et d’autres beaucoup plus allégoriques. Il n’y a pas qu’une seule chapelle. Hop ! demande de se laisser porter.
J. G. : On démarre sur un mode burlesque et ça rigole beaucoup. Ça permet aux gens de souffler, d’arriver, d’atterrir, avant de se laisser emmener ailleurs.
Comment définiriez-vous vos personnages respectifs ?
R. D. : Nos personnages ne sont pas trop éloignés de nous. Au début, je pousse un peu le bouchon de l’autorité. On sent qu’il y a chez cette femme un vernis qui ne demande qu’à se craqueler. Elle part d’une posture autoritaire pour aller vers quelque chose qui se détend. On s’aperçoit qu’elle a des fragilités, et surtout qu’elle avait besoin de rencontrer cet homme-là.
J. G. : Les premières improvisations se sont faites dans un studio de danse. On s’est dit : « D’accord, jouons avec ce présent », il est inutile d’aller chercher ailleurs. Mon personnage arrive et se dit qu’il a envie de danser. C’est comme s'il y avait un atelier portes ouvertes. Il n’a jamais mis les pieds sur un tapis de danse et ça démarre comme ça. Elle le prend certainement pour un guignolo, ce type retraité de l’aéronautique qui rêve de faire voler un corps après avoir fait voler des avions.
Qu’est-ce que Hop ! nous dit ?
R. D. : Le spectacle ne dit pas la même chose à tout le monde. On avait envie de retourner à une forme de légèreté dans la relation homme-femme, les oreilles un peu échauffées par le climat ambiant, de méfiance, de brutalité. On avait envie de ramener de l’espace de jeu, et surtout de l’espace. S'il y a parfois de la brutalité, elle peut être comme chez les enfants : sans effets secondaires, sans conséquences. Ça peut faire du bien de voir un homme et une femme capables de s’amuser ensemble.
Au TLA, vendredi 17 février à 20h30.