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On les appelle des dumistes, car ils sont titulaires du Dumi (diplôme universitaire de musicien intervenant). Naouel Sissoko a obtenu le sien il y a deux ans ; depuis, elle travaille pour la Ville de Tremblay et intervient dans plusieurs écoles, maternelles et élémentaires.

« Rattachée au conservatoire, je suis à la disposition de la Ville pour mettre en place des projets musicaux en partenariat avec les enseignants. À chaque rentrée scolaire, je propose une liste de projets et les profs postulent pour l'un ou l'autre », explique la jeune femme, qui insiste sur un point : " Le partenariat avec les enseignants est essentiel. Un projet ne peut réussir que si le prof en a envie et s'il prépare bien les élèves à mon arrivée. "

L'intervenante musicale exerce un métier aux multiples facettes, qui a pour objet de développer les pratiques musicales grâce à des activités vocales, rythmiques et corporelles, et à la création de spectacles. L'éventail de ses compétences amène Naouel à chanter, diriger, improviser, mais aussi à composer et créer des arrangements. Elle est en outre une pédagogue, forte d'une connaissance fine de l'enfant, de l'éveil musical et de la pédagogie de groupe.

« Je suis dans la transmission et le partage. Mon but est d'ouvrir culturellement le champ des possibles, analyse-t-elle. Je veux emmener les enfants ailleurs, qu'ils soient mordus par ce qu'ils font. Je passe d'ailleurs beaucoup par des activités ludiques : on ne reste pas assis derrière des tables, on bouge et je les fais rire ! Mais je suis dans le même temps hyperexigeante sur la posture, l'écoute et le comportement. Car chaque son compte, et un bavardage peut vite court-circuiter l'écoute », précise celle qui officie également une fois par mois à la crèche de la Paix.

" Semer de la musique dans la ville "

Dès l'âge de 7 ans, Naouel a eu envie de faire du piano, mais c'est finalement la guitare qu'elle a pratiquée. Elle prendra quelques cours mais apprendra surtout par elle-même. Elle suivra aussi des cours de danse et de chant.

" La musique, la danse et le théâtre ont toujours été très présents chez moi. Aujourd'hui, pour faire passer des émotions, je dirais que c'est le chant que je préfère. C'est là où je me sens le plus dans mon élément ", confie la professionnelle, qui prend depuis peu des cours de piano et de flûte traversière. Elle est, de plus, titulaire d'une licence d'études théâtrales.

Ses voyages en Afrique l'ont d'autre part amenée vers l'ethnologie - l'étude des peuples et de leur organisation. Elle a obtenu un master 2 dans cette discipline et a ensuite oeuvré dans un centre social à Argenteuil, tout en menant ses projets artistiques. La jeune femme a trouvé sa voie avec son Dumi et le travail qu'elle accomplit à Tremblay. " Je veux que les enfants pratiquent, qu'ils aient accès à des oeuvres, qu'ils rencontrent des artistes, qu'ils aillent au spectacle. Mon ambition est de semer de la musique dans la ville et que ça leur donne envie de continuer plus tard. J'aimerais que ça leur apporte de la confiance, mais aussi des valeurs de respect et d'écoute ", souligne Naouel, qui chante avec son mari au sein du duo Les Sissoko. Ils ont déjà sorti un album, Ladia. Lui joue de la kora, une harpe malienne, elle chante en bambara.

Ambiance joyeuse mais studieuse

Un après-midi de décembre, on la retrouve, dans le cadre du dispositif Orchestre à l'école, dans une grande salle de l'école primaire Eugénie- Cotton, au centre-ville, en compagnie d'élèves de CM2, chacun un bonnet lumineux de Père Noël vissé sur la tête.

Après quelques exercices pour s'échauffer, les enfants répètent une chanson de Noël, accompagnés par Naouel à la guitare et par des élèves qui jouent du trombone. L'ambiance est joyeuse, mais très studieuse ! " Noël c'est comme un rythme de jazz / Ça commence tout doucement / On n'entend que la contrebasse / Comme le coeur d'un petit enfant... " L'artiste fait répéter les paroles aux enfants afin qu'ils trouvent le ton juste. Elle les encourage sans cesse : " Allez-y, avec plus de joie encore ! ", " C'est très bien, vous avez fait beaucoup de progrès ", ou encore " On le refait, il faut que ça brille dans vos yeux ! " " J'aime les faire travailler sur le plan corporel, et qu'ils puissent s'imprégner de l'imaginaire de la chanson ", détaille Naouel.

Marie- Pierre Rabaté, institutrice de CM2 à l'école Eugénie- Cotton, ne tarit pas d'éloges sur l'intervenante. " Les élèves ont pris confiance dans leur corps. Naouel les fait travailler sur le souffle, les postures, le rythme ou encore la voix. Je les vois vraiment progresser. Elle a une voix qui envoûte et c'est une excellente professionnelle : quand elle arrive à l'école, elle a tout préparé, tout est minuté. Je crois que les enfants l'adorent, et grâce à elle, ils n'ont plus honte de chanter ! ", assure la professeure des écoles, qui n'hésite pas à se mêler au choeur.

Naouel se veut en tout cas une " semeuse de graines ". Adepte de la démocratisation culturelle, elle espère que ses interventions apportent du positif aux enfants et " les aident à se construire ". Elle réfléchit encore et conclut : " J'aimerais qu'ils se souviennent toute leur vie de nos séances ! "