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Quelle leçon de vie ! Rencontrer Farid K, c’est d’abord apprécier le fou rire communicatif qui ponctue chacune de ses phrases. Une décharge d’optimisme. Pourtant, d’aussi loin qu’il se souvienne, le Tremblaysien se déplace en fauteuil roulant (il est infirme moteur cérébral, suite à un manque d’oxygène dont il a souffert à la naissance). Désormais, il pilote un modèle électrique. Parce qu'il a la bougeotte, on le voit régulièrement sillonner les rues de la ville, notamment lorsqu'il se rend au studio d’enregistrement de l’espace Angela-Davis, la structure municipale qui l’accompagne dans sa carrière artistique.

Né en 1981 au Blanc-Mesnil, Farid réside depuis 2004 au foyer du Vert-Galant, un établissement médicalisé qui accueille 35 adultes handicapés, autonomes ou semi-autonomes, dont 5 en externat. Le quadragénaire dit s’épanouir au sein du foyer, évoquant notamment la bonne ambiance qui y règne et les nombreuses sorties auxquelles il prend part : cinéma, concerts, découvertes culturelles… Un grand rire le secoue de nouveau quand on lui fait remarquer qu’il doit être une vedette de la structure, maintenant qu’il a sa propre chaîne YouTube et qu’il s’est déjà produit à Tremblay.

Écrire, répond-il, il a toujours aimé ça. « Je le fais pour raconter mon quotidien, si possible de manière drôle. Il y a de la dérision dans mes textes, car je considère que je ne suis pas là pour faire pleurer. On a tous besoin d’humour ! Trop de gens croient que les handicapés sont tristes », martèle celui qui, enfant, écrivait déjà des textes. « Je n’avais jamais trop osé les montrer. Des proches m’ont encouragé en me disant que c’était très bien. Ça m’a mis à l’aise », se réjouit le mélomane, qui oscille entre rap et slam et dont le dernier album, Punch Smile, sort ce mois-ci.

« Très carré »

En 2008, l’un des éducateurs de son foyer lui parle du studio d’enregistrement de l'espace Angela- Davis. Farid K s’empresse de contacter l'équipe. Une longue collaboration commence alors pour celui qui a eu le privilège de s’entretenir avec Grand Corps Malade et Akhenaton, qui l’ont encouragé à continuer. Ce fan d’IAM et de NTM a sorti l’an dernier un premier album.

Dans les jours qui viennent, on pourra donc découvrir ce deuxième opus, dont l’un des morceaux s’intitule Force et différence. Il y déclame qu'il a « appris que la différence peut être un plaisir ». « J’écris avec le cœur, même si je n’ai pas la plume d’Akhenaton, ni la voix de Soprano », s’excuse presque le chanteur dans l’un de ses derniers textes. Sa voix sonne pourtant bien et il a de l’amour à revendre.

« Il a un vrai univers et tellement d’enthousiasme ! En plus, il est très carré. Il est par exemple systématiquement à l’heure. Si tout le monde pouvait être comme lui… », souligne Stéphane de Mitri, le responsable du studio d’enregistrement, qui voit en lui « un artiste complet ». Il l’accompagne dans tout le processus de création et se dit « à chaque fois très surpris de ce que Farid peut encore faire »: « Par rapport à l’an dernier, juge le spécialiste du son, il a vraiment progressé, dans son articulation, dans la gestion de sa respiration ou encore dans le choix des mots. »

Changement de mentalité

À la question de savoir ce qui est le plus difficile pour lui, Farid concède : « C’est de devoir, pour tellement de choses du quotidien, dépendre de quelqu’un. » L’accessibilité de la ville pour les habitants en situation de handicap lui tient évidemment à cœur. Même s’il précise aussitôt qu’il faut prendre en compte l’ensemble des personnes à mobilité réduite (PMR), dont les parents avec une poussette, les personnes âgées, etc. « D’une manière générale, des progrès ont été accomplis en ville. Il reste encore à faire, mais toutes les PMR le savent très bien, la principale gêne pour nous, ce sont les voitures qui se garent sur les trottoirs et nous obligent à nous déporter sur la route. Et donc à courir mille dangers », souligne le Tremblaysien, qui plaide pour un changement de mentalité dans ce domaine.

Un message qu’il porte jusque dans les collèges et lycées de la commune, où, avec d’autres résidents du foyer, il a eu l’occasion de se rendre pour des actions de sensibilisation. « Ce sont des moments que j’apprécie. Ça permet de parler de notre quotidien. Je montre cependant aux élèves que je suis positif ! J’apporte à chaque fois un ou deux textes que j’ai écrits, pour qu’ils me connaissent mieux. Il y a de beaux échanges, qui se poursuivent quand certains de ces jeunes viennent chez nous en stage », relate le chanteur.

Continuellement en action, il prépare actuellement, avec les autres résidents, le marché de Noël qui aura lieu le 10 décembre au sein du foyer. Les bénéfices viendront abonder le budget alloué aux sorties organisées par l’établissement. Son enthousiasme si communicatif donne envie d’aller le soutenir ce jour-là, en attendant la sortie du deuxième album de cet artiste singulier qui – décidément « tout feu, tout slam » – rêve d’une « belle fête » à Angela-Davis en janvier. L'occasion de découvrir sa dernière œuvre.