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Actuellement associée au TLA, l'artiste évoluera sur scène avec 7 autres danseurs. Portrait.

Le premier contact avec Khoudia Touré a lieu au lycée Blaise-Cendrars de Sevran ; elle y anime son tout premier atelier avec une classe de terminale dans le cadre de sa résidence sur le territoire. Personne ne se connaît. Pas grave : la danseuse-chorégraphe brise la glace en deux temps trois mouvements.

La trentenaire a vite fait dédramatiser et d'imposer une ambiance décontractée. Si bien qu'en moins d'une heure, les élèves maîtrisent déjà un bout de chorégraphie. " L'idée, c'est de leur faire partager notre univers et les mouvements de base du hip-hop, de leur expliquer que c'est une culture, qu'il y a là une histoire qui s'inscrit dans un vrai discours. Et surtout, de les faire danser ! ", sourit l'artiste.

Ça a l'air simple comme bonjour mais derrière une telle maîtrise, il y a tout le parcours de Khoudia Touré... Née à Dakar, où elle a grandi au sein d'une famille franco-sénégalaise chez qui l'on écoutait beaucoup de musique (soul, jazz, rock, artistes africains...), la fillette est sensible au son.

Cela lui vaut d'être inscrite dans une école de danse du quartier. À l'adolescence, elle tombe dans le hip-hop grâce aux disques d'un grand frère, mais aussi via ce qui se joue dans la rue : " Les rencontres se sont faites de façon informelle. À Dakar, on s'entraîne beaucoup dehors. Il y avait alors une grosse culture du hip-hop. C'est cet environnement qui m'a inspirée. "

La Mer Noire

La jeune Khoudia ne néglige pas ses études : elle passe un bac scientifique puis entre en classe prépa, en France. Ce qui ne l'empêche pas de continuer à danser, et de rencontrer d'autres danseurs hip-hop. " Je n'envisageais alors pas la danse comme un métier, assure-t-elle. J'ai donc continué mes études et c'est plutôt vers 26 ans, lorsque je suis rentrée au Sénégal, que j'ai eu l'opportunité d'écrire un projet avec des amis. "

Ce sera Sunu Street, un projet assez social, pour offrir des opportunités aux danseurs de Dakar. Khoudia Touré ne s'imagine pas encore chorégraphe mais cela ne va pas tarder, avec la création en 2016 de La Mer Noire, petit collectif de quatre danseurs qui unissent leurs forces pour présenter des spectacles, à un moment où la création hip-hop a tendance à s'essouffler au Sénégal.

La Mer Noire va remporter les Hip Hop Games de Lille cette même année, et élaborer Gaou !, sa première création collective. La suite s'écrit avec une rencontre décisive dans le cadre d'un mentorat avec la marque Rolex en 2018. " C'est un programme qui met des jeunes artistes émergents en contact avec un mentor dans leur discipline. J'ai eu la chance d'être prise dans ce programme et de rencontrer la chorégraphe canadienne Crystal Pite, qui habite Vancouver, relate Khoudia. C'est arrivé à un moment où j'étais en pleine maturation. Je l'ai suivie pendant deux ans, observant sa façon de travailler. J'ai passé pratiquement deux mois avec elle lorsqu'elle a créé Body and Soul à l'Opéra de Paris. De 2018 à 2020, j'ai vécu deux années extraordinaires, juste avant le Covid. "

Sénégal, France, Canada

L'Europe se fermant, c'est par le biais d'une tournée africaine que La Mer Noire se produit et se consolide. Dans le même temps, outre les créations avec le collectif, Khoudia Touré passe pas mal de temps en tête-à-tête avec elle-même ; elle écrit beaucoup, bénéficie d'un nouveau soutien de la fondation Rolex pour démarrer un projet personnel, et participe à la pièce Anyway de Sandrine Lescourant en 2021 à Tremblay.

Une expérience forte, puisque ce spectacle a été créé pendant et après des échanges et ateliers avec des femmes détenues au centre pénitentiaire de Rennes. " Cela m'a confirmé que j'avais envie de lier la danse à un engagement au quotidien, et de nourrir une création de moments très réels, partagés avec des publics qui peuvent avoir besoin de l'art ou de la danse pour s'évader. "

Et Óró, sa première création personnelle ? " C'est un projet global qui a pour ambition de créer du lien entre le Sénégal, la France et le Canada via des moments de création et d'échanges avec des groupes de danseurs - pour la plupart âgés de 18 à 30 ans - dans ces trois pays. Chaque groupe forme un labo, un groupe de 5 ou 6 danseurs, avec lequel j'échange et je crée cette pièce de façon très inclusive. Óró (qui signifie " exister ", " parler " ou " être " en langue yoruba) tourne autour de leur pouvoir d'action et de projection."

La pièce, née notamment de résidences dans les trois pays, existe en deux formats : le premier, avec Khoudia et deux danseurs ; le second, qui intègre un des labos. " Mon désir profond, c'était de construire Óró avec un format pour le théâtre et un autre, hors les murs, qui pourrait être joué en divers lieux." Au TLA, le 3 décembre, la pièce doit se décliner dans une version intégrant le labo français de 5 danseurs : 5 + 3 égale 8 danseurs. À ne pas manquer !