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C’est une année qui compte pour elle : en 2018, Inass Madani est venue s’installer en France avec son mari et leurs deux garçons. « C’est une décision que nous avons prise pour assurer notre avenir et surtout celui de nos enfants. Je ne l’ai jamais regretté ! », souligne la quadragénaire, née en 1981 à Oujda, une ville du nord-est du Maroc, à proximité de la frontière algérienne.

Diplômée en droit international, la jeune femme s’est heurtée à de nombreux obstacles dans son pays natal. « Moi qui ai toujours adoré l’école, après tant d’années d’études, j’ai eu énormément de mal à trouver du travail. C’était désespérant ! J’ai heureusement pu faire quelques stages, notamment au sein d’une agence immobilière puis d’un cabinet d’avocats, en tant qu’assistante. Je rédigeais des requêtes, j’analysais des dossiers », raconte la Tremblaysienne, qui déplore de ne pas avoir trouvé d’emploi à la hauteur de ses attentes.

« J’étais ambitieuse, mais je ne voyais pas de solution. C’est dommage que ce pays, comme tant d’autres, ne parvienne pas à profiter des compétences de sa jeunesse. » Constatant que son aîné avait d’excellents résultats scolaires, elle s’est posé des questions. « Je ne voulais pas qu’il se retrouve face aux mêmes difficultés que moi. Il y a beaucoup d’inégalités sociales au Maroc, ce n’est pas facile d’y réussir », confie Inass.

À son arrivée en France, elle loge d’abord avec sa famille chez sa soeur, qui habite Livry-Gargan. Puis c’est l’installation à Tremblay, où elle se sent « très bien accueillie ». « J’aime la politique menée au sein de la ville », poursuit-elle. « Beaucoup de monde s’implique dans le social. Ici, tous les enfants ont le droit de faire des activités sportives et culturelles, quel que soit le niveau de ressources des parents », fait-elle par exemple remarquer.

« Être utiles à la société »

Rapidement, elle entend aussi parler des cours de français dispensés à l'espace Mikado. Elle s’y inscrit et, pendant deux ans, améliore son expression ainsi que sa compréhension à l’oral et à l’écrit. « Le français, je l’avais appris au Maroc, mais je ne le parlais pas tellement, car là-bas on favorise de plus en plus la langue arabe dans l’administration et les services publics », précise celle qui s’est tout de suite « sentie chez [elle] au centre social ».

Sans doute parce qu’elle aime tant aider les autres. « Vers l’âge de 15 ans, je faisais déjà de l’accompagnement scolaire pour les enfants de mon quartier, et j’étais membre d’une association qui aidait les plus fragiles. J’encourage d’ailleurs toujours mes proches à devenir bénévoles, pour être utiles à la société », insiste la quadragénaire. Depuis septembre 2021, l’ancienne élève est donc désormais bénévole au centre social. Elle y enseigne le français langue étrangère.

« Pour mon premier cours, je m’en souviens bien, j’avais apporté une carte du monde, afin que chacun parle de son pays, de sa culture. Mais généralement, je fais en fonction des besoins des participants », détaille Inass. « J’ai par exemple un apprenant originaire de Sierra Leone, qui est en France depuis 1994. Il a des enfants, il travaille. Il parle bien, mais il vient suivre les cours pour la lecture et l’écriture. En tout cas, il a la passion de la langue ! D’autres sont des primoarrivants. Certains viennent dans le cadre de la loi. Car il y a des conditions pour obtenir ou renouveler un titre de séjour, notamment apprendre le français. D’autres personnes viennent sans y être obligées », ajoute la bénévole.

« Un étranger qui arrive dans un pays n’a pas besoin que d’une aide matérielle, mais aussi de soutien », poursuit la Tremblaysienne. « Je suis bien placée pour comprendre la situation de nos apprenants. La langue est véritablement un portail pour l’intégration. »

Cuisine solidaire

« Ce n’est pas si courant de passer d’élève à professeure, comme l’a fait Inass », observe Mohamed Djeroudi, le directeur du centre social Louise-Michel/ Mikado. « Après avoir suivi nos cours pendant deux ans, elle a brillamment réussi ses examens. Inass est très investie et je sais que les apprenants aiment ses cours. Pour elle, être bénévole, c’est accomplir un devoir civique. »

Cela fait maintenant une quarantaine d’années que l’espace Mikado dispense des cours de français. « Nous avons eu jusqu’à une trentaine de bénévoles. Mais certains ont pris leur retraite et le Covid a brisé bien des élans. Beaucoup de gens ont abandonné le bénévolat. Du coup, nous sommes à la recherche de volontaires, même pour quelques heures dans la semaine », poursuit le directeur, avant de dévoiler un autre projet du centre social : créer une cuisine solidaire dans le quartier, afin de favoriser le lien social autour de la nourriture et du partage. Il n’est d’ailleurs pas surpris qu’Inass ait déjà donné son accord pour être de l’aventure !

La Tremblaysienne a en effet une ligne de conduite : « Rendre à cette ville et à ses habitants tout ce qu’ils m’ont donné. » Quand, pour finir, on l’interroge sur l’avenir, elle ne peut s’empêcher de penser à ses deux fils : « Je veux leur offrir un bon environnement. Je ne leur imposerai pas de chemin, pourvu qu’ils réussissent dans celui qu’ils auront choisi. »