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Le goût pour le bien manger et son implication dans l'agriculture urbaine lui viennent sûrement de son enfance. Très active au sein des Jardins solidaires de Tremblay, Françoise Rivière, 66 ans, a en effet grandi dans la ferme de son grand-père, en Charente-Maritime. " J'y ai vécu jusqu'à l'âge de 16 ans. Ma mère m'a ensuite envoyée à Paris, pour travailler. Je vous avoue que j'aurais préféré rester à la campagne, au milieu des vaches, des chevaux, des poules et des lapins ", confie la retraitée, qui vit à Tremblay depuis 1988. D'autant que sa première expérience professionnelle l'a vite déçue : " J'étais bonne à tout faire chez un chirurgien parisien. Oh, ils étaient gentils, mais à un moment donné, j'en ai eu assez de les servir, sachant qu'en plus, ils ne me déclaraient même pas. "

La voilà donc qui cherche un autre emploi, devenant vendeuse dans un magasin de chaussures pendant sept ans, puis employée dans un atelier de gravure industrielle. Elle s'arrête ensuite pour se consacrer à ses sept enfants. " Nous habitions à ce moment-là à Rosny-sous- Bois, mais l'appartement devenait trop petit. Nous en avons trouvé un plus grand à Tremblay. Et plus tard, j'ai fait la connaissance de Marco Benni, le responsable des Jardins solidaires, qui parlait si bien de sa passion. "

Une rencontre décisive pour l'actuelle grand-mère de neuf petits-enfants, qui ne se voyait pas rester les bras ballants une fois la retraite arrivée. Les Jardins solidaires, rappelons-le, est une association qui dépend du centre communal d'action sociale ; ses membres s'occupent notamment du jardin de la Paix - situé dans la rue du même nom, sur le site d'une des tours du centre-ville qui a été démolie - et d'un jardin situé à l'extérieur de l'école Jacques-Prévert.

Une vocation sociale

Ces espaces ont été pensés pour devenir des lieux de convivialité, de rencontre et d'échanges, entre les habitants du quartier mais aussi avec les scolaires, les crèches et tous ceux qui veulent bien mettre la main à la pâte. " J'ai commencé par venir le mercredi, pour animer des ateliers à destination d'un public d'adultes handicapés. Et j'ai petit à petit augmenté mon temps de présence. J'entame ainsi ma sixième année de bénévolat ! ", détaille la Tremblaysienne. 

"Ah ça oui, opine son collègue Jean-François Portillo, Françoise est là tous les jours, et en été, quand beaucoup de gens sont partis, c'est elle qui s'occupe de l'arrosage. Sans elle, les jardins ne seraient pas aussi bien entretenus. Quelle énergie elle a ! Et puis, elle est connue et respectée dans le quartier. C'est aussi pour ça que ces espaces sont respectés. "


Régulièrement, des stagiaires qui se destinent à un travail dans le domaine de l'environnement sont accueillis ici. " Ils nous aident énormément, ils nous apprennent des choses et nous leur en apprenons aussi. Nous travaillons en outre avec le projet de réussite éducative : des enfants en difficulté scolaire, accompagnés de leurs parents, viennent jardiner avec nous. Des demandeurs d'emploi également, dans le cadre d'une démarche de remise en situation professionnelle ", raconte Françoise, qui se félicite de la vocation sociale des Jardins solidaires.

Les enfants des écoles et centres de loisirs alentour sont largement associés : " Nous leur apprenons à planter, et c'est vrai qu'il y a une éducation à faire en la matière. Beaucoup de petits ne savent pas ce qu'est une graine et connaissent peu de noms de légumes. En tout cas, toutes les écoles peuvent nous solliciter pour que nous organisions des ateliers à destination de leurs élèves. "

Un troisième jardin en projet

La vocation des Jardins solidaires est également de sensibiliser les habitants à la protection de l'environnement et à la valorisation de la biodiversité, afin que chacun améliore ses connaissances en matière d'agriculture urbaine. " On a tous dans la tête l'image d'un jardin, souvent lié à notre enfance. L'avantage est qu'autour des plantes, il y a toujours un dialogue qui peut s'installer, notamment avec des personnes de culture étrangère, qui nous racontent ce qu'elles plantent ou mangent dans leur pays d'origine ", glisse la bénévole, qui précise que tous les fruits et légumes produits sont distribués aux habitants du quartier.

Dans ces jardins, on pratique l'agroécologie, qui recouvre un ensemble de méthodes de production agricoles respectueuses de l'environnement. " Nous plantons notamment avec la technique dite des lasagnes, un support de culture facile et rapide à mettre en place. Une lasagne va être constituée principalement d'empilement de couches de feuilles et d'herbes sèches. Ces produits, qui sont habituellement destinés à la déchetterie, sont une mine d'or pour nous ", assure la Tremblaysienne, qui pense également au futur projet de l'association.

Un troisième terrain, après une autre destruction de tour, est en effet prêt à être transformé en jardin, avec des installations pour accueillir des événements culturels. L'objectif ? En faire un vrai lieu de vie, " pour, insiste Françoise, rappeler l'importance de la nature en ville ".