Sommaire

S’il ne monte plus sur le tatami, ce passionné de culture nipponne continue de venir au dojo qui porte son nom.

En quatre-vingt-douze ans d’existence, Claude Jacquart a pratiqué tout un tas de sports : le ping-pong et la boxe tout d’abord, mais aussi la natation, et plus tard le tennis ou encore le ski. Devenu l’un des doyens de la ville, il se revoit, dans le Tremblay de l’après-guerre, s’adonner avec sa bande de copains à la pratique du ping-pong au sein du Vert-Galant Sportif. Mais un beau jour, l’un de ses amis, René, lui propose de s’essayer au judo.

« Je lui ai demandé ce que c’était, car je n’en avais pas la moindre idée, avoue le natif de Paris. Il m’a répondu que c’était un art martial japonais et j’ai décidé de prendre une licence à Sevran. On m’a donné un kimono ; cela m’a impressionné. Je ne m’en suis jamais séparé… » Problème : lui et sa bande d’amis manquent d’endroits pour s’entraîner. Après s’être exercés dans des bistrots, ils construisent une baraque dans le jardin de Gabriel Jacquart, le père de Claude. Le judo club du Vert- Galant est ainsi créé en 1952 : il devient dès lors une affaire de famille, avec l’implication totale du père, qui a assuré les fonctions de président jusqu’à son décès en 1998.

Le jeune Claude officie quant à lui comme entraîneur, tout en peaufinant sa technique : il obtient sa ceinture noire 1er dan en 1955, le 2e dan l’année suivante. Et lorsque la baraque est détruite par un incendie, il ne se laisse pas abattre. Le club entame alors toute une série de déménagements, s’installant dans l’arrière-salle d’un café, puis dans une salle de bal et enfin sous le préau d’une école.

Lassés par ces allées et venues, les Jacquart et leurs élèves construisent un nouveau bâtiment au fond d’un jardin du boulevard Charles-Vaillant. Ils y ont fait vivre l’esprit judo jusqu’en 1969 – souvent à l’étroit, car les adhérents se faisaient de plus en plus nombreux.

7e dan… à 81 ans

En 1977, le club bénéficie d’une salle aménagée en dojo, au sein du complexe sportif Jean-Guimier. Changement de décor ! Et de nom aussi : le club intègre la structure omnisports du Tremblay Athlétique Club, pour devenir le TAC Judo. En 2005, il se transporte au dojo des Cottages, rebaptisé pour l’occasion « dojo Claude-Jacquart ». « Soixante douze ans de judo ! », glisse malicieusement celui qui, de 1998 à 2009, a présidé le club (lequel compte aujourd’hui quelque 300 adhérents). Plus de sept décennies… : Claude Jacquart lui-même ne semble pas en revenir.

Mais au fait, qu’est-ce qui lui a finalement fait préférer le judo ? « La première fois que je suis arrivé à l’entraînement, à Sevran, j’ai été frappé par le calme qui régnait. Il y avait de la discipline, de la politesse, du respect. Cela m’a tout de suite emballé, je me suis pris au jeu et j’ai continué ! J’ai également fait de la compétition. »

C’est en 2011 – à 81 ans ! – que l’intéressé a passé son 7e dan. « Mes amis voulaient que je passe ensuite le 8e, mais ce n’était tout simplement plus possible pour moi », admet le Tremblaysien, qui ne monte plus sur le tatami depuis quatre ans maintenant… même si, « cela [le] démange toujours ! ». Il vient en revanche quasiment tous les jours au dojo, ce lieu où il a tant de bons souvenirs. « Ce club, dont je suis si fier, c’est ma vie ! Tous mes élèves, qui sont toujours si gentils avec moi, le gardien et toutes les personnes qui y travaillent, sont comme ma famille », souligne le désormais président d’honneur du club.

Soirées festives au pays du Soleil-Levant

Claude Jacquart a ainsi formé plus de 150 ceintures noires. Il en parle avec émotion, se lève pour mimer les gestes qu’il a accomplis tant de fois, détaille les positions du judoka et les diverses techniques pour gagner un combat. « J’avais un bon judo et j’étais un compétiteur. Mes adversaires ne savaient jamais de quel côté j’allais aller. Ah, si ma jambe ne me faisait pas mal, je pourrais encore faire des démonstrations. Tout récemment, un jeune m’a sollicité pour l’aider à travailler. Mais la machine est cassée », confie-t-il, lui qui repense souvent à ses cinq voyages au Japon, pour des compétitions ou des stages de perfectionnement.

Le salon de sa maison rend d’ailleurs largement hommage au pays du Soleil-Levant. Maître Jacquart montre des poupées kokeshi, deux armures, deux sabres japonais (les fameux katanas) ; il commente les photos accrochées au mur, les diplômes et autres certificats écrits en japonais. « Quel pays ! J’y ai tout aimé : les gens, si polis, si attentionnés… et la nourriture aussi », lance le nonagénaire, se remémorant les soirées festives qu’il a passées là-bas.

Ses pensées actuelles sont quant à elles tournées vers la grande fête que le club qui lui doit tant va prochainement donner en son honneur. Ayant déjà décidé de se séparer de tous ses objets japonais, Claude Jacquart réfléchit déjà pour savoir quoi offrir à qui. Et quand on lui demande ce qu’on peut lui souhaiter pour l’avenir, il répond du tac au tac : « Que tout aille bien dans mon club ! » Un club qui lui avait déjà rendu hommage il y a dix ans, saluant « un exemple pour nous tous et surtout pour la jeune génération, de par sa gentillesse, son investissement, son dévouement et ses compétences ».