Une éternelle rock’n’roll attitude.
Il ne voulait pas qu'on lui tire le portrait, Jean-Jacques. Oui, plutôt discret ce monsieur-là, mais toujours disponible pour donner un coup de main à L'Odéon, en fidèle bénévole des soirs de concert. Monument de barman taiseux, il a quand même lâché le morceau entre deux services : " Je fréquentais déjà la MJC de la rue des Alpes. Je n'y étais pas bénévole parce que je travaillais encore, mais j'assistais à presque tous les concerts ", raconte le Tremblaysien.
Un vrai de vrai, arrivé ici en 1956. Ses parents tenaient la boulangerie à côté de l'école Jules-Ferry. Mais son pain quotidien au rejeton Ryon, c'est le rock, et l'on capte vite que la passion musicale du petit Jean-Jacques va inéluctablement le conduire à fréquenter la mythique salle parisienne du Golf Drouot, près des Grands Boulevards, à l'aplomb des années 1970 : " J'y allais tous les samedis et j'y ai vu tous les grands groupes français de l'époque - quelques Anglo-Saxons aussi. Mon truc, au départ, c'est le rock ; après, ça a été un peu plus le blues rock. "
Chauffe Jean-Jacques, on va apprendre que tu étais des concerts de Devotion, des Variations, de Magma - oh oui ! -, que tu as vu là Jimi Hendrix faire le boeuf ! Arrêt sur images : le jeune homme n'a même pas 20 balais, il officie en tant que garçon coiffeur depuis ses 14 ans et va continuer non-stop dans la coupe de douilles, jusqu'à la retraite en 2010. Pour autant, les samedis dans le temple du rock, ça va durer jusqu'à la fermeture des lieux en 1981.
" Je quittais le boulot à 20 heures, une douche rapide et je filais directement au Golf Drouot. Je passais la nuit là-bas, de retour par le premier train à 6 heures pour le Vert-Galant parce qu'à l'époque, je travaillais le dimanche matin ! " Rock'n'roll attitude, hein, m'sieur Ryon ?
En soirée avec Gainsbourg
Si Jean-Jacques porte beau ses 71 printemps, il faut l'imaginer en ce temps-là en petites bottines made in London, jean serré et blouson ! Chez ce fan des Beatles, de Led Zeppelin et autres Deep Purple, la collection de vinyles commence à prendre de la place sur les étagères, ce qui ne l'empêche pas d'écouter en loucedé Radio Caroline, une station pirate britannique qui émettait depuis un bateau sur les petites ondes. Petites ondes, presse spécialisée aussi - il claque ses pourboires dans Best et Rock & Folk -, cheveux longs mais de la suite dans les idées puisque ces seventies dans l'oeil et les oreilles du bénévole prendront valeur d'archives, de témoignage vivant avec le temps.
Tiens par exemple, Ange, le plus ancien groupe de rock français en activité, Jean-Jacques l'a tellement bien connu qu'il n'est pas pour rien dans ses deux passages à L'Odéon. Et puis, il y a ce job d'été décroché par hasard, alors qu'il descend sur la côte - ses clubs et ses boîtes, the place to be ! - avec les copains en Austin Cooper : " En août à Saint-Tropez, on campait sur la plage et un soir, on rencontre un type avec plein d'appareils photo sur une terrasse. Il prétend avoir rendez-vous avec Brigitte Bardot pour la photographier. C'était pas du baratin : on venait de faire connaissance avec le grand James Andanson ! "
Pas un paparazzi, ce monsieur, mais l'un des plus grands photographes du show-biz à Saint-Trop'. Fondateur de l'agence Sygma, il va embaucher Jean-Jacques et son pote Gérard en qualité d'assistants. Coup de bol et bonne pioche, ça va durer onze mois d'août d'affilée, et il va en voir de belles, notre coiffeur rockeur !
" Stars, politiques... James avait un gros carnet d'adresses. On faisait un reportage par jour : Johnny, Polnareff, tout le monde y est passé ! Et Gainsbourg, tiens, on en a fini des soirées avec lui au Papagayo [une boîte légendaire]. Il ne buvait que des mauresques et réglait l'addition de toutes les tables avec un chèque en blanc - plusieurs tournées de champagne, hein ! "
Ça a défilé sec, entre le Rolleiflex et les petites photos-souvenirs de Jean-Jacques, au Kodak et à la volée : l'anniversaire de Sylvie Vartan qui dure une semaine dans un hôtel que Johnny avait réservé pour tout le show-biz, la Madrague chez Bardot, les soirées en blanc chez Eddie Barclay, les Rolling Stones sur la place des Lices et Ringo en maillot de bain...
" J'ai vu l'envers du décor, le off quoi, c'était incroyable ! " On peut remettre une pièce dans le jukebox car, avec son MiniDisc, Jean- Jacques enregistre quasiment tous les concerts de blues de L'Odéon depuis l'ouverture, soit plus de 400 bandes son : enfant du rock for ever, témoin oculaire et solaire, tu ne serais pas aussi un peu paparazzi sonore, des fois ?