La voilà de retour à Tremblay ! Après dix années passées à travailler à l’île Maurice – le pays de ses parents –, Nufaisah Mosaheb est revenue vivre, il y a pile un an, dans sa ville natale, là où elle a grandi et suivi sa scolarité. Née en 1985, elle avait obtenu, à 19 ans, un BTS d’assistante de direction, mais avait alors réalisé que c’étaient davantage les métiers de l’accueil qui l’attiraient. Elle postule alors à Air France et devient, pendant quatre ans, agente d’accueil à de l'aéroport Roissy Charles-de-Gaulle.
Mais quand la Tremblaysienne veut changer d’emploi, elle rencontre des difficultés « même avec un bac + 2 ». « J’ai du coup eu envie de changer d’air et de cadre de vie. De découvrir d’autres paysages et un autre état d’esprit, d’aller quelque part où la vie était plus simple », confie Nufaisah. Son choix se porte sur l’île Maurice, pour mieux connaître la culture de ses origines. « C’était difficile au début, mes parents habitaient encore en France. Tout était nouveau pour moi, y compris la langue, le créole mauricien. Je suis devenue journaliste dans la presse écrite locale. J’ai réalisé beaucoup de portraits de personnes venant de milieux assez pauvres. J’avais l’impression de les aider en révélant leur personnalité et leurs talents. Je me définissais comme une journaliste sociale », raconte la trentenaire, qui décrit l’île Maurice comme un endroit « paradisiaque, multiculturel et très chaleureux ».
Bon, tout n’y est pas facile, bien sûr. « Mon père, qui connaissait pourtant bien l’île, me disait : "Je ne sais pas comment tu fais pour entrer dans un bus ici". Effectivement, cela n’avait rien d’évident, ils sont bondés et pas toujours en très bon état. Mais j’arrivais toujours à me faufiler », relate la jeune femme qui, après le journalisme, avait pensé se diriger vers le tourisme car le Club Med local recrutait. Puis est arrivée la pandémie, fatale pour ce secteur.
Contact et écoute
Après cette longue expérience sur l’île, elle décide de revenir aux sources, pour retrouver « un peu de stabilité ». À son retour à Tremblay, elle envisage de travailler dans l’animation, passe son Bafa et effectue dans ce cadre un stage à l’espace Mikado. « Quand ils ont eu connaissance de mon parcours, ils m’ont finalement proposé d’animer le Point infos familles tous les après-midis de la semaine. Et le matin, je fais de l’administratif à Mikado », explique Nufaisah, intarissable quand elle évoque l’accompagnement qu’elle propose aux Tremblaysiens, à l’espace Louise-Michel, là où est installé le point infos famille.
En acceptant, elle a eu conscience qu'elle s'apprêtait à relever un gros défi. « La personne à qui j’ai succédé avait exercé ici pendant sept ans : elle était très efficace et très appréciée. Les premières personnes que j’ai reçues étaient surprises de voir une nouvelle tête. Ce n’est en effet pas anodin de venir parler de ses problèmes à quelqu’un que l’on ne connaît pas », souligne l’habitante des Cottages.
Autour des droits de la vie quotidienne – droit du travail, du logement, de la famille, des étrangers, ... – elle reçoit* des personnes démunies face à des démarches administratives de plus en plus complexes et qu’il faut de surcroît désormais effectuer en ligne. « C’est un travail de contact et d’écoute. Le fait d’avoir été journaliste m’aide, j’arrive à faire parler les gens. Je les mets à l’aise. Ils savent de toute manière qu’ici, il y a une politique de confidentialité », précise celle qui assure méticuleusement le suivi de tous les dossiers et trouve son métier « gratifiant ».
Solidarité internationale
Nufaisah est bien placée pour constater les effets de la crise sanitaire, avec son lot de confinements et de restrictions : « Cela a isolé les gens. Beaucoup ont du mal à demander de l’aide, je veux qu’ils sentent qu’ils ne sont pas seuls. » Cette fibre sociale, la jeune femme l’a transportée jusqu’au Sénégal.
En 2017, lors d’un retour passager en France, elle fait la connaissance de Made in peace, une association tremblaysienne de solidarité internationale, avec qui elle se rend au Sénégal, comme photographe, pour suivre la construction d’un puits dans unvillage de la région de Fatick, dans l'ouest du pays, à 300 kilomètres de Dakar. Et ce fut comme un coup de foudre. Ce séjour lui donne envie de fonder sa propre association, qu’elle a baptisée I Am Talibé, pour venir en aide aux orphelins de Fatick.
Elle s’y rend régulièrement et, avec l’appui d’associations locales, plusieurs projets sont en route : la construction d’abris, pour que ces enfants aient un espace où étudier, ou encore d’un refuge, avec un dortoir, un pôle de santé et des salles de classe. « C’est un pays très convivial. J’ai un bon feeling avec les enfants. Malgré leur pauvreté, je les vois heureux. Ils se satisfont de peu, savent fabriquer des choses avec très peu de moyens. Ils sont intelligents ! », insiste celle qui dit ne pas se projeter dans l’avenir. Le week-end, on peut la voir courir au parc de la Poudrerie : « Quand je vivais à l’île Maurice, je pensais souvent à ce parc, il me manquait ! »