Le 18 août prochain, après une carrière bien remplie, Patrick Pane pourra enfin goûter aux joies de la retraite. Une deuxième retraite en fait, ce qui n'est pas commun ! La première, il l'avait prise en 2012, après trente-cinq années de bons et loyaux services au sein de la police nationale. Mais l'homme avait vite fini par tourner en rond. " Alors, quand on m'a appelé un jour pour me proposer d'occuper un poste de délégué à la cohésion police-population, j'ai sauté de joie ! Je trouvais ainsi une activité pour m'occuper. Et puis, vous savez, quand on aime ce qu'on fait, on n'a pas envie de laisser tomber. "
Les délégués à la cohésion police population sont des fonctionnaires de police retraités qui exercent une mission de rapprochement entre la police et les habitants, dans les quartiers identifiés comme prioritaires en matière de sécurité. La police, pour Patrick Pane, c'est un peu une affaire de famille. Il a vu le jour en 1956, à Bône (aujourd'hui Annaba), en Algérie, pays de ses ancêtres. Son père y était CRS. " Nous avons dû partir en 1962, lors de l'indépendance. Cela ne s'est pas fait dans des conditions faciles. J'en ai peu de souvenirs, sinon pour dire que j'ai assisté à des événements qu'un jeune garçon n'aurait pas dû voir ", lâche-t-il sans s'appesantir sur cette période compliquée.
S'ensuit l'installation en France, à Rennes, où son père est d'abord affecté. De bons souvenirs pour le jeune Patrick, car tout l'été, le paternel est, à Dinard, en charge de la formation des CRS qui exercent comme surveillants de baignade. À la clé, deux mois au bord de la mer pour toute la famille ! Puis, au gré d'une nouvelle affectation, c'est le déménagement à Saint-Quentin dans l'Aisne.
"Cela forge le caractère"
C'est au commissariat de Meaux, en Seine-et-Marne, que le policier a pris son premier poste. Il y est resté neuf ans. En 1992, le voilà au commissariat du Raincy. Puis il a envie de " voir autre chose " et intègre les services départementaux à Bobigny, où il termine sa carrière. Pendant sept ans, il a été responsable de la formation des cadets de la République, une expérience qui l'a beaucoup marqué.
" Nous formions des jeunes issus du département, âgés de 18 à 30 ans, sans diplômes, mais qui voulaient entrer dans la police. 80 % d'entre eux sont restés, et beaucoup occupent maintenant des postes à responsabilités. C'est une belle réussite ! Je crois que nous leur avons donné le sens du respect et de la solidarité ", fait valoir ce père de trois enfants, toujours agréablement surpris quand, des années après, certains anciens cadets viennent le saluer ou l'invitent à leur mariage.
En parallèle, le fonctionnaire officiait comme formateur antidrogue. Il en est persuadé : " Policier est l'un des plus beaux métiers au monde. On est au service des gens et l'on doit rester neutre et impartial : je peux vous dire que cela forge le caractère. Même s'il y a bien sûr beaucoup de situations délicates. "
Il en a connu un certain nombre, comme ce jour où un homme qu'il poursuivait dans les rues de Meaux s'est soudainement retourné et lui a tiré dessus. La balle a frôlé sa tête. Une autre fois, c'est un mari violent, chez qui il voulait entrer, qui ouvre la porte et va pour lui asséner un coup de sabre. La matraque qu'il avait en main lui a permis d'éviter le coup. " Mais il s'en est fallu de peu ", reconnaît le sexagénaire.
Un rôle de médiateur
Aujourd'hui, son quotidien est heureusement plus apaisé. Rattaché au commissariat de Villepinte, il intervient à Tremblay comme délégué à la cohésion police-population. " Je participe aux actions que mène la commune, notamment dans le cadre du contrat local de sécurité et de prévention de la délinquance. Je travaille également avec les associations qui veulent bien me contacter. Je m'occupe pas mal des conflits de voisinage, dans lesquels j'ai un rôle de médiation et d'écoute ", détaille l'habitant de Trilport, tout près de Meaux. Mais sa priorité, c'est la prévention en milieu scolaire.
" Les enfants, c'est l'avenir ! Je travaille beaucoup avec les trois collèges de la commune. Les thèmes que j'aborde sont multiples : le harcèlement, les violences volontaires, le mineur et la loi. Ma spécialité, ce sont les addictions et tous les problèmes liés à l'usage de drogues. Mais aussi les dangers d'internet, qui peuvent conduire à la désocialisation ou à l'isolement. Quand on parle aux jeunes, que l'on sait leur expliquer, une relation de confiance se crée. Et leurs réponses sont souvent cohérentes et réfléchies ", souligne le futur retraité, qui participe régulièrement aux stages d'accès à la citoyenneté.
Organisés par la Ville, ils permettent à des jeunes de participer à des activités hors de Tremblay durant les vacances scolaires. Patrick Pane saura-t-il cette fois occuper sa retraite ? Peut-être avec la chasse, puisqu'il a passé son permis il y a trois ans. " Mais je n'ai encore tué aucun animal ", confie celui à qui la Ville a proposé - et il l'a accepté - un contrat de vacation pour les deux prochaines années, afin d'assurer ponctuellement quelques missions. Difficile de totalement décrocher, décidément !