Qu'est-ce qu'elle nous dit, cette double photo d'Amala Dianor ? Ou plutôt, qu'est-ce que veut bien nous raconter le chorégraphe - compagnon de route du TLA depuis de nombreuses années - saisi ici par l'objectif de Valérie Brossard et paré d'un masque hors du commun ? Amis lecteurs, nous sommes en plein paradoxe, à tenter de donner à voir et éclairer un projet qui entend ménager ses effets de surprise !
De fait, le théâtre Louis-Aragon (TLA), en faisant appel à une photographe qui connaît les lieux, entend bien nous étonner pour la présentation de la saison 2021-2022. La plaquette sera ainsi illustrée par une série de portraits d'artistes en résidence, complices du TLA, en diptyques : soit des autoportraits, et autant d'autofictions, co-construits avec le sujet. Et avec la construction d'un masque, par ses soins !
" Je ne suis pas une photographe du réel "
" La notion de masque, je la comprends ici au sens large, comme la construction d'une manière de se recouvrir le visage, explique Valérie Frossard. Je ne suis pas une photographe du réel, mais plutôt quelqu'un qui travaille l'image de manière construite et symbolique. Cela pour raconter la vie des gens, des petits bouts de leurs trajectoire, de leur intimité." Intéressant. Se voiler la face, pour parler de soi de façon symbolique ? C'est le tour de force auquel parvient la photographe en invitant ses sujets à réfléchir avec elle à une image où il n'est plus question de plastique et d'apparences, mais bien d'intimité.
Pour aboutir à chaque autoportrait - l'un est réalisé en studio, l'autre projeté dans l'espace public de la ville - il y a les longs échanges et entretiens que mène Valérie Frossard, tout à la fois scénariste et, même si elle s'en défend, un peu psychanalyste ! " Ce terme est sans doute peut-être un peu fort ! Ça peut prendre des formes assez diverses selon les artistes : certains ont des idées assez claires, et avec d'autres il faut prendre le temps pour faire émerger l'image. " Du temps aussi en amont de la série, pour parcourir la ville en tous sens et repérer les lieux adéquats pour la mise en scène des personnages masqués.
Une expo à la rentrée
Suisse et bien en Île-de-France pour considérer, depuis une douzaine d'années, le 93 comme son territoire d'adoption, la photographe avait entamé ce travail sur l'intimité et les parcours de vie le temps d'une résidence à Pierrefitte-sur-Seine en 2017-2018. Cette série baptisée Autofictions - Les Pierrefittois, Les Artistes - a inspiré le TLA, avec lequel Valérie Brossard collabore de temps en temps à documenter l'ensemble de ses activités, à alimenter son fonds d'archives.
De sorte que dans une drôle de concordance des temps, les masques anti-Covid ayant pignon sur rue, on pouvait se demander avec quelles images on présenterait la saison prochaine. Patience : on attend la plaquette 2021-2022 et l'expo photo prévue à la rentrée. Peut-être que d'ici là, les masques seront tombés...