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C'est, dans le nord de l'Algérie, une petite maison accrochée à la montagne qui a vu naître sa grand-mère (elle y vit toujours) et ensuite sa mère. Ibtissem Akbache y pense souvent, elle qui y a, pendant les vacances, passé de bons moments. " On y fabrique de l'huile d'olive ! J'adore ce pays en fait, c'est mon côté méditerranéen ", fait valoir celle qui est née en 1997 à Aulnay-sous- Bois et a toujours vécu à Tremblay, où elle a passé " une enfance très heureuse ".

Ce n'était pourtant pas gagné avec un papa qui disparaît vite de sa vie. " Nous étions du coup une bande de filles, avec ma mère, ma grande soeur et moi. J'ai eu, je crois, la meilleure éducation du monde. Ma mère, comptable, a travaillé dur pour subvenir à nos besoins. Et surtout, elle nous a enseigné que l'art, la culture et le sport étaient essentiels ", confie-t-elle, avant d'égrener l'impressionnante liste des activités qu'elle a pratiquées : la natation, le tennis, le piano, le violon, l'équitation, la danse, le chant choral... " La télé était interdite chez nous. J'ai passé tellement de temps à L'Odéon et à la médiathèque... Je trouve que Tremblay est une ville formidable pour les jeunes : il y a une vraie ouverture et des tarifs très abordables pour le sport et la culture ", souligne Ibtissem, qui explique que son prénom veut dire " sourire ".

Après l'école, elle continuait à apprendre : l'anglais le samedi après-midi à Sevran, l'arabe le dimanche à Paris et, plus tard, à la mosquée de Tremblay. " J'étais active, curieuse et jamais fatiguée ", résume la Tremblaysienne en repensant à cette période !

"Je bossais jour et nuit"

Ibtissem a fréquenté le collège Romain-Rolland à Tremblay : " Ce n'était pas tout près de chez moi, je devais prendre deux bus. J'avais à peine 11 ans, mais ma mère me laissait y aller seule, en me disant que c'était important que je sache me débrouiller, pour devenir indépendante. " Elle obtient ensuite un bac littéraire, option cinéma, au lycée privé catholique Fénelon, à Vaujours, où elle a multiplié - là encore ! - les activités : voyages, musique et cinéma. Passionnée depuis toujours par le tissu et les vêtements, elle intègre après son bac une école de mode privée, l'Institut supérieur des arts appliqués, à Paris.


" J'aurais préféré un établissement public, mais à cette époque, pour les élèves de banlieue, l'accès à Paris était compliqué. On nous disait : "Trouvez une école en banlieue !" Or il n'y en avait pas. Je n'ai donc pas eu le choix. C'est incroyable qu'à Paris, capitale de la mode, on ne propose pas assez de formations mais aussi que d'une manière générale, on ne dise jamais aux élèves que l'art peut être un métier ", regrette la jeune styliste, qui a alors dû contracter un prêt. Et travailler très intensément. " Ça a été les trois années les plus dures de ma vie : je bossais jour et nuit, je dormais et mangeais peu. Heureusement que j'étais très motivée !

" Diplômée en 2018, elle entre chez Loewe, une maison espagnole de prêt-à-porter de luxe et d'accessoires pour hommes et femmes, qui fait partie du groupe LVMH. Elle passe ensuite chez Jean-Paul Gaultier, " l'enfant terrible de la mode ". Elle s'y occupe des matières, les cherche, les choisit, à partir des besoins des équipes de design. Avant chacun des deux défilés annuels, elle ne dort " quasiment pas " pendant un mois. Et répond bien sûr à des commandes de stars qui veulent une robe pour une soirée...

Une journée de collecte de protections hygiéniques

" Ce n'est pas une carrière facile, je reste tard le soir au bureau. Mais c'est ma passion, je ne le vois pas comme un travail. On y fait des rencontres incroyables ! C'est aussi un monde cruel, avec les clichés que l'on connaît. En tout cas, il faut tout donner quand on est jeune, tant que l'on ne s'est pas fait un nom ", estime celle qui prend actuellement des cours d'italien, parce que 80 % de ses fabricants viennent de la Péninsule.

Récemment, Ibtissem a rejoint le groupe de discussion Entre meufs qui s'est constitué à l'espace Angela-Davis, " pour, à notre échelle, faire bouger les choses " sur des problématiques comme le harcèlement de rue, qu'elle dit subir souvent, les violences faites aux femmes, et plus généralement l'égalité. La Tremblaysienne peste par exemple contre le prix des protections hygiéniques, et demande " une prise en charge à 100 % par la Sécurité sociale et un accès à ces produits libre et gratuit pour toutes, parce ce n'est pas quelque chose de superflu, mais de fondamental ".

Pour parler de cette " précarité menstruelle ", son groupe compte organiser, à l'Espace Angela-Davis, une collecte de protections hygiéniques afin d'approvisionner des points fixes, que seraient les PMI, les collèges et les lycées. La jeune femme aimerait que cette journée soit également l'occasion de sensibiliser un maximum de personnes sur " cette urgence pour laquelle, en 2021, il n'y a toujours ni réponses et ni avancées satisfaisantes ". Lorsqu'on lui demande ce qu'on peut lui souhaiter pour l'avenir, elle répond : " Rendre fière ma maman et laisser un monde meilleur à ma petite soeur âgée de 10 ans ."