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Déambulation à vélo, entre Cottages et Vieux-Pays.

La chance sourit aux explorateurs. Habitants et jeunes de l'espace Angela-Davis, toute une petite troupe cycliste est embringuée dans une balade entre Cottages et Vieux-Pays : soleil intermittent, ciel variable, pas si mal pour un début avril. Le peloton sera dirigé par Claire, Suzy, Léa, Yuhui et Oscar, un groupe d'étudiants de l'École nationale supérieure de paysage de Versailles.

" Ils ont été amenés à réaliser un atlas des paysages du Grand Roissy et à présenter ce travail dans le cadre de leur cursus. On a pensé que ce serait intéressant pour eux d'en faire une présentation aux Tremblaysiens ", explique-t-on du côté de l'espace Angela-Davis. Banco : la structure vient d'acquérir des vélos, le moyen de transport le plus indiqué pour une promenade paysagère qui permettra de croiser le regard de l'autochtone avec celui du paysagiste.

En selle depuis le Palais des sports, direction le Vieux-Pays. Ça a l'air banal de remonter l'avenue Henri-Barbusse vers la Francilienne, et pourtant, déjà, du simple fait du thème de la balade, les sens et la conscience de l'environnement immédiat semblent s'aiguiser.

"Un paysage marqué par les énergies"

En temps ordinaire, combien de Tremblaysiens se rendent compte des divers types de tissus urbains qui font transition jusqu'à l'autoroute ? Tiens, oui, on est passé d'un quartier pavillonnaire à une zone industrielle et commerciale - celle-ci faisant office de mince tampon avec l'autoroute -, comme invite à le remarquer Oscar lors de la première étape à l'aplomb de l'A104.

"On passe du périurbain aux entrepôts et zones de stockage, et puis viennent les champs, sans transition !", analyse notre aspirant concepteur paysagiste. "Avec l'aéroport au loin, et toutes ces lignes à haute tension, c'est vraiment un paysage qui est marqué par les énergies, par le pétrole." Arrêt sur image et vertu de la lenteur : le groupe prend aussi le temps d'écouter le paysage, qui en dit beaucoup pour peu qu'on s'y attarde.

Le vacarme du flux automobile au-dessus du pont - une frontière entre deux paysages -, certes moindre en cette période de crise sanitaire, a un certain charme pour Matteo. "Il y a comme une sensation de vide. Et puis, je n'avais jamais pris conscience de toutes ces lignes électriques", remarque le jeune Tremblaysien, qui en oublierait presque l'écho des avions qui se succèdent au décollage, dans le lointain. On lève la tête. "Il y a quand même franchement moins de trafic aérien avec la pandémie", observe Jean-François Portillo, animateur des Jardins solidaires de la ville. L'homme a le compas dans l'oeil et il se régale de cette promenade décryptage. "Les pistes sont parallèles au Vieux-Pays, de sorte que les avions ne passent pas exactement au-dessus. Ce sont plutôt les gens de Gonesse qui subissent le plus."

Du ciel aux terres agricoles qui contrastent avec cet ordonnancement, on évoque ce que serait un paysage de l'après-pétrole : et si on reliait les Cottages au Vieux- Pays au moyen d'une trame verte ? Les étudiants ne donnent pas dans la conférence bavarde, laissant aux néophytes le loisir d'observer.

L'enjeu de l'étalement urbain

Deuxième arrêt face à l'église Saint-Médard. Si, ici, le temps semble comme arrêté, il défile cependant vite à écouter les étudiants versaillais. Samuel apprécie, Houda aussi. Ils ne viennent pas souvent par là, sauf peut-être pour le festival de cirque du Chapiteau bleu.

"À l'échelle du territoire du Grand Roissy, c'est l'enjeu de la densification et de l'étalement urbain qui est à l'oeuvre. Cela se retrouve un peu partout en France. Pour préserver les parcelles agricoles de cet étalement, on essaie parfois de densifier les petits villages", exposent les paysagistes.

Avant de boucler la balade, direction le ru du Sausset. Le dernier ruisseau naturel du département, sans lequel il n'y aurait pas eu d'installation humaine alentour, achève de dépayser le groupe, de l'interloquer, avec la perspective de la ZAC AeroliansParis et ses 198 hectares.

Contraste encore. La plupart des ruisseaux d'Île-de-France ont été busés, enfouis (c'est le cas du ru sur 64 % de son cours), de sorte que toute la biodiversité disparaît. Ce matin-là, et sur cette portion encore à découvert, l'apparition soudaine de deux canards a suscité l'espoir d'une résilience de la nature.