Fans de Johnny Cash, Johnny (chant, contrebasse) et les siens déboulent en mars pour une résidence à L’Odéon, comme dans une BD de Frank Margerin !
Johnny Montreuil, c’est un personnage, un groupe, une idée qui signifie quoi, au juste ?
C’est tout ça à la fois ! J’étais dans ma piaule, rue de Paris à Montreuil, avec mon ancien groupe, je tripais sur Johnny Cash depuis un paquet d’années et j’ai commencé à adapter ses chansons. Des textes très réalistes, un son que j’adore, voilà pour Johnny. Et puis Montreuil parce que j’y habitais ! Johnny Montreuil, ça claque comme nom de groupe, hein ! Ça pouvait fonctionner aussi comme nom d’album. C’est parti comme ça, j’ai un peu insisté sur le truc pour que les gens imprègnent le blase et on a commencé à m’appeler Johnny! C’est devenu un truc naturel, pas usurpé, même si j’ai appris plus tard qu’il y avait un mec qui autrefois se faisait appeler Johnny de Montreuil, un type qui traînait aux puces…
Tout cela sent bon la banlieue, les années 1970 et les BD de Frank Margerin, sans usurpation car Johnny est bien un mec de banlieue, non ?
Complètement : je suis né en 1978 et j’ai grandi à la cité de la Plaine au Petit-Clamart dans le 92. J’ai d’ailleurs commencé la guitare à la MJC du quartier. T’es gamin, tu joues dehors, c’est sympa mais tu ne te rends pas compte tout de suite que l’endroit n’est pas terrible, que ça été construit façon cité-jardin mais que ça n’a pas d’âme. De cet horizon plutôt morne, je me suis extrait en traçant assez tôt la route avec ma guitare. J’essayais d’aller voir ailleurs, tout le temps.
Ça a laissé des traces sur votre esthétique, votre cheminement musical ?
Au bahut, j’écoutais du hard rock, des trucs dans l’air du temps sans aucune connaissance musicale. Plus tard, j’ai pris la vague punk, rock alternative en apprenant la guitare. J’ai chanté du Brassens dans les restos. Vers mes 19 ans, je suis parti faire les vendanges et c’est à cette époque que j’ai eu vraiment envie de chanter et de monter mes premiers répertoires.
Avant Johnny Montreuil, il y a le groupe Princes Chameaux…
C’est le premier groupe que j’ai monté, même si on avait déjà fait des petits concerts dans les bars de Châtillon avec le batteur rencontré avant notre formation. Bon, c’était du Brassens énervé, quelques reprises du Renaud du début ou de Pigalle, le groupe de François Hadji-Lazaro. J’aimais bien le côté français. Il y avait aussi autour de moi quelques types qui mixaient, quelques références hip-hop mais je me sentais pas de raconter mes trucs dans ce trip-là… même si sur mes premières compos, il y a des instrus d’Assassin ! Bon, avec le temps on apprend à comprendre où on peut être le plus sincère. Après, ça plaît ou ça plaît pas, on s’en fout…
Un jour, Benoît Dantec a débarqué à Montreuil, il y est toujours et habite dans une caravane ?
Il y a plusieurs séquences : j’y suis arrivé en 2005, il y des appartements, de la colocation, une piaule… un retour sur Paris. Bref, je lâche ça, je prends ma voiture, ma guitare, ma fille et puis j’ai ramené une caravane, je me suis posé quelques mois à la Cartoucherie à Vincennes. En 2012, j’ai posé ma caravane à Montreuil près des murs à pêches. Maintenant, depuis 2017, j’en ai une plus grande et je vis près de la rue Saint-Antoine. J’ai la vie dont j’ai toujours rêvé quand j’étais môme !
Qu’est-ce que ça raconte exactement, Johnny Montreuil ?
Basiquement, c’est Johnny pour Johnny Cash et Montreuil pour la banlieue rock’n’roll et poétique. Il y a une grosse culture rock dans cette ville, et depuis très longtemps. Ce que je fais, c’est aussi un gros clin d’œil à tout cela ; ce n’est pas très réfléchi et ça se construit comme ça en réalité. On est quatre musiciens dans ce délire, avec Rön Droogish (guitare et chœurs), Kik Liard, à l’harmonica et aux chœurs, et Visten «Fatcircle» à la batterie.
Il y a deux albums au compteur – le dernier, Narvalos Forever est sorti en 2019 : quelles sont vos perspectives après la résidence à L’Odéon ?
Il y a un maxi qui est prêt et qui devrait sortir au mois de mai avec un clip. Quatre titres, deux remixes et deux morceaux du premier album, Narvalo City Rockerz, mais que l’on a enregistrés en studio comme si on les jouait en concert. La résidence nous permet de reposer nos morceaux sur une prochaine tournée live, qu’on attend plutôt vivement. On a aussi un projet de nouvel album d’une quinzaine de chansons. Je ne peux pas te dire le titre mais on est dans une forme de continuité…