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L'émotion était palpable, ce mercredi matin, sous le portrait géant de Samuel Paty installé sur le fronton de l'hôtel de ville. La municipalité et les Tremblaysiens rendaient hommage à l' enseignant de France, assassiné le vendredi précédent à Conflans-Saint-Honorine. Dans son discours, le maire François Asensi a exhorté "tous les citoyens à se lever contre le terrorisme et ces fossoyeurs de la liberté". Il a également souligné que "combattre l'islamisme, ce n'est pas s'engager dans un hypothétique choc des civilisations". Aline Cadet Sauvage, directrice de l'école maternelle Eugénie Cotton et représentante du syndicat des enseignants SNUIPP, et Pascal Plouin, président de l'Amicale Laïque, ont également pris la parole. Cet hommage s'est conclu par la lecture du poème de Paul Eluard "Liberté" par Kelly et Alan, de La Belle Jeunesse du Théâtre Louis Aragon, accompagnés à la guitare par Agnès Brancherie, professeure au conservatoire.

Hommage à Samuel Paty

Ci-dessous, retrouvez l'intégralité de l'intervention du maire François Asensi :

"Mesdames, Messieurs,

Une fois de plus, un acte barbare a frappé notre pays. En cinq ans, le bilan est effroyable, après Charlie Hebdo, la prise d’otages sanglante de l’hypercasher à Vincennes, et l’assassinat d’une policière municipale à Montrouge, les attentats du 11 novembre, le prêtre assassiné à Saint-Étienne du Rouvray, l’attentat du 14 juillet à Nice, une nouvelle attaque devant les anciens locaux de Charlie…

Combien de morts au nom d’une manipulation criminelle et fasciste d’une religion ?

Cette manipulation n’est pas nouvelle, et la religion charrie toujours deux tendances contradictoires : l’une qui diffuse un message spirituel d’ouverture, d’amour du prochain, qui l’offre à ses croyants pour leur propre développement. C’est la seule tendance qui a un avenir dans notre société. Et une autre tendance qui s’enfonce dans l’obscurantisme, qui utilise la religion à des fins politiques, s’appuyant sur un discours absolutiste, violent, manipulateur et mensonger, qui n’est que l’expression d’une volonté de domination sanguinaire. Cette tendance ne doit pas être seulement combattue. Il faut la mettre à terre, il faut la terrasser.

Combattre cet islamisme, ce n’est pas s’engager dans un hypothétique choc des civilisations, un hypothétique combat entre Occident et Orient. Il ne faut pas tomber dans cette terrible dérive : car c’est un combat qui est sans fin, sans vainqueur, qui ne conduit qu’à la guerre perpétuelle. Il n’y a aucune fatalité à ce que l’Islam produise l’obscurantisme. Notre société dite « occidentale » tient nombreuses de ses sources intellectuelles des sociétés islamiques du Moyen-Orient et de la Renaissance. Aujourd’hui, l’immense majorité des musulmans est horrifié par ce que des criminels osent commettre en leur nom. Il faut refuser toute croisade contre les musulmans et l’Islam. Ces terroristes ne sont pas des croyants. Ces fous de Dieu sont la lie de l’humanité, et leurs actes ne peuvent pas être rejetés sur l’ensemble de nos concitoyens en fonction de leur conscience et de leur foi. Tous les citoyens, ceux qui croient au ciel et ceux qui n’y croient pas doivent se lever contre le terrorisme et ces fossoyeurs de la liberté.

La liberté de conscience est l’un des piliers de nos valeurs qui font notre société. La liberté de conscience, c’est la liberté de croire, ou de ne pas croire. C’est cela la Laïcité. Il n’y a pas de société possible s’il n’y pas accord sur des principes qui organisent la vie ensemble dans le respect de nos opinions, de nos croyances, de nos différences. Le discours fondamentaliste nie cette possibilité de vivre ensemble, car il veut s’imposer aux autres.

Samuel Paty était un professeur, passionné par son travail, qui avait à cœur d’enseigner à ces élèves l’ouverture d’esprit, l’esprit critique, la liberté d’expression. Notre système éducatif, depuis ses premiers penseurs des Lumières, Condorcet, Lepeltier, vise à transmettre ces grands principes pour garantir justement la possibilité d’une vie en société, d’une vie en commun, d’une vie partagée, au-delà de nos différences. C’est le rôle crucial de la communauté éducative qui a été attaquée en Samuel Paty. Nous serons aux cotés des enseignants de France dont nous sommes fiers. Ce crime odieux, cet acte barbare, renforcera notre volonté de défendre nos valeurs de liberté, d’égalité et de fraternité.

Je vous remercie."

François Asensi