En effet, le capitaine Patrice Annonay devenait professionnel alors que sa nouvelle doublure, Rubens Pierre, n’était pas encore née.
L’un, Patrice Annonay, semble aussi bien arrêter le temps que les ballons qui assaillent sa cage. L’autre, Rubens Pierre, est un jeune précoce de 21 ans à qui l’on prédit un avenir plus que radieux. Et depuis le début de la préparation estivale des Jaune et Noir, les deux gardiens semblent s’être liés d’un je-ne-sais-quoi qui pourrait grandement présider aux destinées de leur équipe dans les mois à venir.
Un état de fait qui a convaincu Rubens Pierre de rejoindre les rangs séquanodionysiens : « Je savais que Papat’ serait là cette saison et c’était important pour moi de goaler avec un gardien de grande expérience. Du coup, quand j’ai signé, j’ai aussi signé pour ça. Je savais que j’allais apprendre de lui car c’est un très grand joueur qui a tout connu au cours de sa carrière et qui reste hyper compétitif. Et même si l’on n’a pas vraiment le même style de jeu, j’aimerais tendre vers le sien. »
Comme l’autre face de la même pièce, le sage et expérimenté capitaine maison, 41 ans, ajoute : « Dans le jeu, je suis très content d’évoluer avec lui car on va être très complémentaires, je pense. Rubens commence à bien connaître ses points forts et ses points faibles, il travaille dur et bien, et a une vraie envie de progresser en étant à l’écoute. Il prend tous les petits conseils, les petites subtilités du poste que j’essaie de lui donner, surtout en match. Il est vigilant à les appliquer. Et il y a une concurrence saine entre nous. Comme j’ai encore envie d’apprendre et que je me suis toujours nourri de l’exemple des gardiens avec qui j’ai partagé les buts, cela va m’obliger à élever mon niveau de jeu. »
Bonne humeur
Et le gap entre générations dans tout ça ? « Même s’il a l’âge de ma mère, souffle le jeunot, on se rapproche sur pas mal de points car Patrice vient de la Martinique et moi d’Haïti. On a donc ce monde créole en commun. J’ai eu la chance de passer une semaine en chambre avec lui lors du stage à Gérardmer, et on a beaucoup échangé. » « C’est facile de discuter avec Rubens, glisse celui qui entame sa cinquième saison au club. Et j’ai pu le surprendre sur certaines choses, comme la musique. Il était étonné que j’écoute du kompa, par exemple ! Bon, parfois, il y a des expressions de jeunes que je ne comprends pas, alors je lui fais répéter. Mais c’est aussi ça, le sport de haut niveau : on se nourrit les uns des autres, c’est une aventure humaine à tous les niveaux. Surtout, si je suis enclin à donner et transmettre, je ne le fais que si la personne en face a faim et est prête à faire les efforts pour recevoir, et Rubens est dans ce cas-là ! »
Sur le parquet, la paire semble déjà bien tourner, au vu des résultats plus qu’encourageants enregistrés lors des matchs amicaux, malgré les conditions spéciales liées à l’épidémie de coronavirus. « On veut aller chercher le maximum de victoires ensemble cette saison, être rassurants pour notre défense, enchaîne Patrice Annonay. Rubens a la hargne et il va apporter au groupe. J’aime voir son visage quand il fait un, puis deux, puis trois arrêts, lorsqu’il prend la confiance. Il a ce côté instinctif que j’aime beaucoup et qu’il doit garder. S’il s’éparpille un peu moins et reste concentré, il va vite progresser. »
Respectueux juste ce qu’il faut, Rubens Pierre ajoute : « Il a raison, il faut que je travaille là-dessus. Je vais prendre ses conseils et faire à ma manière. Ce que j’aime avec Patrice, c’est qu’il ne veut pas me changer : il veut m’aider à m’améliorer. C’est pour ça que j’adore travailler avec lui. En plus, il a toujours le sourire, même s’il est très chambreur ! » Un travail acharné dans la bonne humeur, voilà une recette qui devrait faire florès.