Comment encaisse-t-on la crise sanitaire au TLA ?
C’est très compliqué. Depuis le début du confinement, et encore maintenant, la situation ne cesse de changer et on ne sait trop sur quel pied danser ! Nous avons tout de suite senti la crise sociale qui allait poindre dans la foulée, si bien que notre premier souci – en plus de protéger toute l’équipe avec la mise en place du télétravail – a concerné les annulations de spectacles. Nous avons veillé à ce que tout ce qui était contractualisé soit payé aux artistes et aux autres professionnels intermittents. On s’imaginait alors qu’on pourrait peut-être reprendre en mai. À chaque étape, on a dû revoir nos projections.
Justement, quelles sont les conséquences de l’annulation des événements de La Belle Saison à la Poudrerie, du festival de cirque Le Chapiteau bleu, de la série de spectacles La Belle Scène Saint-Denis à Avignon ?
La création artistique, c’est un peu comme un jeu de dominos : lorsque ça s’effondre à un endroit, tout s’écroule ! Par exemple, pour pouvoir être vu à Avignon, il faut avoir investi et répété avant. Là, plein de compagnies n’ont pas pu finir le travail à cause de l’annulation des répétitions prévues entre mars et juin. Ensuite, le festival d’Avignon, c’est le lieu où tous les professionnels nationaux et internationaux viennent voir les spectacles : pour les artistes, l’impossibilité d’être vus signifie qu’il n’y aura pas de tournées derrière, pas de travail !
C’est également vrai pour les autres festivals, comme Le Chapiteau bleu. Si l'on prend le cas de la compagnie EquiNote, ils n'ont pas de dates prévues pour la saison prochaine… Plus globalement, il n’y a pas de distanciation physique possible dans l’activité même des danseurs, des circassiens. Quand pourront-ils tout simplement reprendre leur travail au quotidien ?
Envisage-t-on une « petite » reprise des activités ou des répétitions au théâtre cet été ?
C’est ce qu’on voudrait faire ! Avec l’équipe du TLA, on l’a planifié pour le mois de juin. Du reste, c’est un travail qui se met plus globalement en place au niveau national, avec l’installation de plateaux solidaires. Le but est de se mettre en mouvement pour pouvoir accueillir un maximum d’artistes. Pour autant, au moment où nous parlons, je ne vois malheureusement pas comment on va faire !
Pas de rassemblement de plus de dix personnes, pas d’interactions entre techniciens et artistes, distanciation de 1,5 mètre entre les personnes… : dans ce cadre, qu’est-ce qui est possible ou pas ? À cela s’ajoute la question des déplacements d’un département à l’autre. C’est dingue ! Mais bon, pour ce qui nous concerne, on reste sur cette position : se tenir prêts à accueillir les artistes.
Quels scénarios de reprise se profilent pour la rentrée ?
Imaginez une salle de 400 places : du gel hydroalcoolique, une prise de température des spectateurs, la distanciation entre les sièges… Vu sous cet angle, proposer des spectacles n'a pas beaucoup de sens. Notre matière, c’est la proximité, le rapport humain ! Maintenant, la question est de savoir comment on va tout de même pouvoir partager de l’art vivant, et pas seulement sur les réseaux sociaux.
Est-il vain d’évoquer une saison prochaine ?
On a évidemment préparé une saison 2020-2021 ; elle est bouclée et même assez chargée ! À tout ce que nous avions prévu sont en effet venus s’ajouter les reports du printemps. Par exemple, on a doublé la programmation de certaines soirées afin que des artistes initialement prévus à Avignon puissent présenter leur travail.
On a repris la main avec tous les artistes en résidence à Tremblay pour reconstruire une saison ensemble, compte tenu de ce qui est advenu. Si on nous dit, comme en Allemagne, que les salles ne rouvriront qu’en janvier, un nouveau scénario se présentera à nous. Mais nous devons nous tenir prêts à accueillir notre public. Le travail, c’est aussi de maintenir le lien avec les habitants et avec les partenaires qui reçoivent les artistes en résidence. On continue Radio TLA. Pour cet été, on peut inventer mille choses, comme un spectacle sur le parvis qui serait visible depuis les balcons… Le souci, c’est d’avoir les autorisations !