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Etienne Sevet, qui êtes-vous ?

Etienne Sevet : Je suis un autodidacte complet, venu à la musique tardivement. J'avais acheté une trompette lorsque j'avais 19 ans ; j'étais fan de jazz. J'avais essayé de m'y mettre mais j'ai laissé tomber avant de savoir en jouer. La trompette a donc fini dans la cave de ma mère à 10 000 kilomètres de chez moi. Et puis, un jour, je l'ai ramenée chez moi en Colombie. Petit à petit, le désir de jouer a grandi. Un jour, il y a eu un déclic. Je m’y suis mis d'un coup ; j'avais 34 ans.

Vous avez aussi été journaliste…

J'ai, un peu, travaillé dans la presse écrite dans des journaux comme So foot des premières années, et le regretté World sound, un très chouette mensuel spécialisé dans les musiques du monde pour lequel j'étais le correspondant en Amérique latine. Une super belle expérience qui m'a vraiment donné envie de sauter le pas et de faire de la musique. Car avant la presse écrite, j'avais fait un peu de documentaires notamment un, musical, sur un chanteur de salsa méconnu en France. Le journalisme musical remonte à vraiment loin et clairement la musique est mon obsession depuis petit. 

Comment et quand est né The Bongo Hop ?

En fait, The Bongo Hop, c'est mon pseudo ; ça vient d'une BD que j'ai lue quand j'étais petit ; une histoire de marin qui voyage, un peu comme un Corto Maltese à la sauce ouest africaine années 70. Ce nom, je l'ai trouvé plus tard. D’abord, lorsque je vivais en Colombie s’est produit un déclic : j'ai eu envie de faire de la trompette. J'ai commencé à bidouiller, en samplant de la batterie et en composant dessus des lignes de basse du clavier. Puis j'ai fait mes propres boucles. J'ai ajouté des mélodies de trompette. Petit à petit, j'ai réalisé des maquettes. 

Au début, je voulais créer des sons pour des rappeurs que j'avais rencontrés à Cali, puis après j'ai eu envie de composer pour des chanteuses. Ça a duré deux ans et je suis rentré en France. À Lyon, j'ai rencontré un producteur qui s'appelle Patchworks. Je lui ai fait écouter mes maquettes ; il les a aimés ; on a commencé à bosser ensemble en parallèle des études que j’avais reprises. Un beau jour, alors que j’avais engrangé pas mal de morceaux, j'ai contacté des labels. Underdog m'a dit oui. On a foncé.

Qui sont les musiciens qui vous accompagnent ?

À partir de là, je sors des disques et pour jouer en concert, je monte un groupe. Il y a un bassiste, un guitariste, un batteur, un percussionniste, un clavier, une saxophoniste et moi à la trompette, et évidemment une chanteuse. Ils et elles viennent d'horizon divers, aussi bien français que camerounais, sénégalais ou cubain pour la chanteuse ; certains ont une formation plus académique ; d'autres se sont formés sur le terrain. Je les ai tous et toutes croisées à la faveur des concerts.

Comment définiriez-vous The Bongo Hop ? Son style ?

C'est de la musique afro-caribéenne et afro-latine ; elle est née dans le contexte colombien où je vivais à l'époque. Elle en a gardé l'ADN ; donc forcément, elle est très dansante, très colorée. Ensuite, petit à petit, j'ai intégré d'autres influences d'Afrique de l'Ouest, des Antilles, mais aussi de la soul et du jazz.

Vous évoquez souvent la forte présence africaine à Bordeaux où vous avez vécu ? En quoi consiste-t-elle ?

C'est une époque un peu révolue. À l'époque, dans le centre de la ville, dans des quartiers populaires comme Saint-Michel avant que les Parisiens n'arrivent, il y avait plein de Guinéens, de Sénégalais, etc. Ils montaient des groupes, organisaient des concerts. N'draxas, Niominka'bi... je me rappelle plus tous les noms. Cette scène cohabitait avec la scène rock, plus connue d'ailleurs. 

Avec ma maman qui bossait à Saint-Michel, je voyais tout ça avec mes yeux de gosse, puis d'ado. Des rastas, des groupes, des chanteurs, des danseuses… Aujourd'hui avec la gentrification - le fait que Bordeaux après avoir été le vilain canard du pays, est devenue super hype -, ça a changé les choses. Enfin quand je passe à Saint-Michel, je vois que le quartier fait de la résistance quand même !

La Colombie vous a aussi beaucoup marqué...

C'est huit ans de ma vie ; j'avais la trentaine. La musique, la fête, les paysages, la jungle, les montagnes, les gens, les fruits, tout ça ! J'ai découvert des musiques dont j'ignorais l'existence, surtout dans le domaine des traditions, j'ai vu aussi s'installer des musiciens étrangers qui ont valorisé l'image de ce pays, car à l'époque quand je revenais on ne me parlait que de drogue et de guérilla. Même si ça tarde à changer, l'image a quand même évolué, je pense.

Parmi les très nombreux artistes avec qui vous avez joué, quels sont les trois ou quatre qui vous ont le plus marqué ?

La Colombienne Nidia Góngora bien sûr, Patchworks le producteur, Moonlight Benjamin la chanteuse haïtienne, un personnage, Paolo Flores le chanteur angolais ; une belle collaboration avec ce super chanteur en plein COVID. Mémorable !

Vous semblez très favorable au métissage et au collectif ? Parlez-vous de cet état d'esprit si attachant ?

Le métissage, sincère et ouvert, le plus éloigné possible des logiques de marché, c'est la réponse à toutes les formes d'enfermement ou de crispation identitaire que l'on connaît aujourd'hui. Depuis mon expérience dans le quartier de Saint-Michel dont je parlais, jusqu'à la Colombie, en passant par la Duchère où je vis aujourd'hui, je me rends compte que c'est ça qui nous sauvera et rien d'autre. Ça veut dire se mélanger, pour de vrai, pas juste vivre juxtaposés. L'art au sens large a ce rôle à jouer.

Ouverture de saison de L'Odéon scène JRC, samedi 26 septembre à partir de 17h. Concert de The Bongo Hop à 20h. Entrée libre et gratuite.