Sylvie Testamarck, qui êtes-vous ?
Sylvie Testamarck : J’ai eu une enfance et une jeunesse voyageuses ; j’ai résidé successivement dans l’ex-Union soviétique, au Koweït et au Venezuela. Je suis diplômée des Beaux-Arts de Paris, section sculpture, discipline que j’ai pratiquée jusqu’en 1990, date de mon retour définitif en France. J’abandonne alors cet outil d’expression au profit du dessin que je pratique fiévreusement parallèlement aux cours d’arts plastiques dispensés à l’Espace Jean-Roger-Caussimon.
Mon activité de conférencière a commencé à la même époque et se poursuit toujours, à Tremblay comme dans d’autres villes de l’Île-de-France. J’ai, par ailleurs, enseigné l’histoire de l’art à l’université Populaire Averroès, à Bondy pendant dix ans.
Quelle est aujourd'hui votre activité principale ?
Je suis d’abord artiste, puis conférencière, écrivaine enfin. Je dessine des formes hybrides tenant de l’animal et de l’humain, elles-mêmes composées d’éléments aux identités fuyantes réalisées au crayon, fusain et pastel sur papier ; tel se présente mon travail. Par ailleurs, j’ignore où je vais en dessinant et cette ignorance m’est précieuse. C’est une descente dans mon propre désordre intime indéfiniment prospecté. Dans ce cheminement, je cherche la justesse, celle de la composition, du trait et la tonalité exacte tels que je sens intimement qu’ils doivent être. C’est ce qui nous touche en premier d’ailleurs : la justesse qui, immanquablement et sans doute très obscurément, finit toujours par nous atteindre au-delà des époques et des origines.
Nous sommes nombreux à poursuivre cette quête entreprise depuis la nuit des temps. Ce faisant, nous travaillons à réajuster quelque chose tout à la fois en nous et dans ce monde terrible. J’en suis convaincue. La dernière exposition, intitulée Sacré(s), a été faite cette année à l’espace Nonono, de Saint-Ouen avec Julie Ozanne et Jérémy Louvencourt. La prochaine exposition prévue en 2027 aura lieu à la Fondation Taylor (Paris XIXe).
Et en ce qui concerne les conférences ?
Elles sont consacrées à la vie et à l’œuvre des grands artistes, de Jan van Eyck à Sophie Calle, ainsi qu’à l’histoire des différents mouvements artistiques qui se sont succédé de la Renaissance à nos jours. Chaque conférence permet de replacer les œuvres dans leur contexte historique, culturel et personnel, afin de mieux comprendre les choix des artistes, leur évolution et les ruptures qui ont transformé les pratiques artistiques au fil des siècles. Je propose également des conférences thématiques autour de sujets généraux tels que le corps, la nature ou les émotions.
Je rappelle que l’histoire de l’art, c’est aussi de l’histoire, de la géographie, de la politique, du social, de la nature, des guerres, des révolutions, des corps, de la mort et de l’amour. Bref, c’est le monde tel qu’il fut regardé, pensé, interprété par les artistes de toutes origines et de toutes époques. J’ajoute que la pratique de l’art et l’enseignement de son histoire devrait prioritairement figurer au nombre des matières.
Enfin, j’ai publié en 2025 un livre intitulé La Revanche des rêveurs. L’œuvre de onze artistes y est évoquée à travers un thème unique : celui de la rêverie. L’ouvrage invite ainsi à retrouver ainsi un territoire très précieux par ailleurs aujourd’hui menacé : celui de l’errance intérieur. Je travaille aujourd’hui à la rédaction d’un deuxième ouvrage autour de mes propres dessins.
Pour vous, être conférencière, ça signifie quoi ?
Transmettre : un des principes directeurs de mon existence. Le public est varié, attentif, passionné et chaleureux. Lui présenter ces conférences est un immense plaisir. Qu’il en soit ici très sincèrement remercié.
La première conférence sera consacrée à Paul Cézanne…
Elle aura lieu le samedi 10 octobre, à l’Espace Jean-Roger-Caussimon, situé au 2, rue d’Anjou à Tremblay ; elle traitera de la vie du peintre et de son œuvre. Elle est proposée en écho à l’exposition : Cézanne et nous présentée au Grand Palais du 23 septembre au 17 janvier prochain consacrée au peintre lui-même (1839-1906) et à son héritage artistique.
De Paul Gauguin à Henri Matisse, Pablo Picasso, Piet Mondrian, Joan Mitchell, Bridget Riley et Peter Doig, près de 180 œuvres retracent la manière dont son travail a été découvert, interprété et transformé, de la fin du XIXe siècle à aujourd’hui. Cinq autres conférences sont prévues cette saison à la l'Espace JR Caussimon, autour de Monet, Piero della Francesca, Mathias Grünewald, l'art du Clair-Obscur ou encore Piero di Cosimo.
Conférences sur l'histoire de l'art, renseignements et programme ici : Espace Jean-Roger-Caussimon.
