Homme d’une imposante discrétion, Jean Dubief, instituteur, né à Brunoy, dans l’Essonne, le 10 octobre 1931, et décédé à Le Pègue, dans la Drôme, le 7 mai 1997, à l’âge de 65 ans. Il a, de par son aura, son charisme, son action sociale, syndicale et humaniste, voué son action à l’école et à la laïcité. Il a marqué les personnes qui l’ont côtoyé et la ville de Tremblay-en-France. Francis Renaudeau, ancien instituteur à l’école Jean-Jaurès, de 1960 à 1994, se souvient bien de Jean Dubief. Il raconte.
Généreux et fédérateur
Quand avez-vous rencontré Jean Dubief et dans quelles conditions ?
Francis Renaudeau : Mon épouse, Jeanine, a connu Jean avant moi alors qu'il était instituteur à l'école du Vert-Galant, à Villepinte, au début des années 50. Moi, je l’ai rencontré en 1960. J’étais alors remplaçant et fus nommé à l'école Jean-Jaurès de Tremblay-lès-Gonesse où Jean exerçait en CM2. Tout de suite, il m'a aidé, m’a conseillé. D'un esprit novateur, il nous inscrivit tous les deux à l'expérience de Vanvesavec des activités d'éveil artistiques et physiques l'après-midi, une séance de piscine par semaine à Pantin (N.D.L.R. : lancée par Max Fourestier, médecin scolaire, créateur d’une expérience pédagogique novatrice qui marqua des générations d'écoliers). Le transport, pris en charge par la commune, était effectué par car. L'expérience échouera faute de moyens ; c'était pourtant remarquable.
Comment le décririez-vous ?
Il était généreux, fédérateur ; la Seine-et-Oise était un département déficitaire qui manquait d'enseignants. Nous arrivions de province, de la guerre d'Algérie ; nous étions démunis. Avec l'aide de la mairie, il nous aidait à nous loger. Monique, son épouse, et Jean faisaient appel à leurs amis pour nous fournir de quoi nous installer (table, chaises, matelas, etc.). En nous stabilisant à Tremblay, il souhaitait que la qualité de l'enseignement s'en ressente. Dans toute sa carrière, dans toute sa vie, ce sont les enfants, l'école et la laïcité qui l'ont motivé.
Quel directeur d’école était-il ?
Directeur de l'école Balzac, il était très apprécié de ses collègues ; il instaura des réunions avec les parents d'élèves, créa un potager dans l'école, insista pour que le plateau d'évolution construit par la mairie soit juste à côté, facilitant ainsi le travail en EPS.
Parlez-nous de son parcours syndical ?
Militant syndicaliste au SNUIPP au niveau communal, puis départemental, il usa de toutes ses forces, soutenu par Monique, pour la formation des instituteurs et lutta pour la baisse des effectifs. En 1964, en classe expérimentale, on trouvait 38 élèves par classe ; certains collègues avaient des classes de 40 élèves, parfois plus.
Il eu également des actions en direction de la lecture ?
Il créa la première bibliothèque à Tremblay dans un petit local, avenue Pasteur, après un appel aux Tremblaysiens pour un don de livres. Elle était ouverte le samedi après-midi, jour de marché, et tenue au début, par des bénévoles.
Engagé
Quelle fut son action en faveur de la laïcité ?
lI fonda le patronage laïc et le développa en installant des centres aux écoles Jaurès, Ferry, Branly – (NDLR Ancienne école sise rue du cimetière au Vieux-Pays), favorisant ainsi une véritable liaison entre les quartiers. C'était un peu un exploit. Il mit en place la fête des écoles qui deviendra la Fête laïque entraînant avec lui des enseignants (instituteurs, professeurs), des présidents d'associations, des commerçants. La première fête des écoles eut lieu au cinéma Dominique, actuel cinéma Jacques-Tati). L'année suivante, elle se déroula au marché du Vert-Galant. Les fêtes se développèrent dans les écoles Jaurès, Curie, Ferry et sur le parking de l’avenue Gilbert-Berger. Avec son équipe, il fit de la Fête laïque une véritable institution dans la vie des Tremblaysiens. Le samedi après-midi avait lieu la fête enfantine avec toutes les écoles ; le soir, c'était très varié. On a vu du catch, place Curie, des courses de vachettes landaises au même endroit et le dimanche c'était le grand spectacle. Les plus grands artistes se produisirent à cette Fête laïque : Georges Moustaki, Nicoletta, Sacha Distel, Dalida, Jean Ferrat et une foule d'autres, attirants un monde incroyable !
On dit qu’il fut une sorte d’idole pour toute une génération. Pouvez-vous nous expliquer ?
Le mot « idole » ne lui convient peut-être pas. Il était engagé, généreux, respectueux, plein d'idées. C’était pour moi un ami très cher.
Qu’avez-vous pensé et ressenti quand vous avez appris que la ville de Tremblay-en-France allait honorer sa mémoire ?
Lorsque Michel Mairesse (N.D.L.R : ancien instituteur, ancien conseiller pédagogique en éducation physique et sportive, vice-président du club Rugby Terre de France) m'a parlé de cette proposition, mon émotion a été énorme. J'ai aussitôt téléphoné à d'anciens collègues ; tous ont été unanimes : c’est amplement mérité !
