« Si cela concernait les hommes, les protections seraient plus accessibles depuis longtemps. » Les mots prononcés par Priscilla Lubin, présidente de l’association La Culotte Rouge lors de l’événement Sang Tabou organisé à l’espace Angela Davis par la municipalité, résument un constat alarmant. Les menstruations restent un sujet marginalisé et genré.
Avoir ses règles représente pourtant un coût considérable. Entre 10 et 53 ans, une femme menstruée passe en moyenne 43 années à gérer son cycle. En 2023, près de 4 millions de personnes étaient concernées par la précarité menstruelle en France. Avec des protections jetables coûtant entre 4 et 7 euros le paquet et à renouveler plusieurs fois par jour, la facture peut atteindre plusieurs milliers d’euros au cours d’une vie. « En moyenne, cela représente entre 15 000 et 20 000 euros de dépenses supplémentaires dans la vie d’une femme. Une discrimination genrée de naissance, de l’argent que les femmes ne retrouveront jamais », souligne Priscilla Lubin. Un budget parfois inaccessible pour les lycéennes, les étudiantes ou les femmes en situation de précarité.
Au-delà du coût, se connaître soi-même
Mais la précarité menstruelle ne se résume pas à l’accès aux protections. Priscilla Lubin raconte avoir mis dix ans à découvrir qu’elle souffre d’un trouble dysphorique prémenstruel, classé à la fois comme trouble psychiatrique et gynécologique. Pendant des années, ses symptômes ont été minimisés. « Vous êtes déprimée parce que vous n’avez pas de travail », lui avait-on répondu. Un exemple révélateur du manque de formation du corps médical face aux quelque 150 symptômes liés au cycle menstruel.
La précarité menstruelle englobe également le manque d’information, les tabous et les idées reçues. Cycle menstruel, endométriose, syndrome des ovaires polykystiques ou protections réutilisables, tous les sujets ont été abordés sans tabou. Priscilla Lubin n’a cessé de rappeler, tout au long de la journée, aussi bien envers les adultes qu’envers les plus jeunes, que « les règles, ne sont pas sales. Les règles donnent la vie. Et apprendre à connaître son cycle, c’est apprendre à se connaître soi-même. » Lutter contre la précarité menstruelle, c’est aussi permettre aux femmes de comprendre leur corps et d’être entendues et enfin légitimées.
Quant aux personnels de la ville, ils restent attentifs. Formés et à l’écoute, ils sont présents dans les différentes structures pour répondre aux interrogations des Tremblaysiennes.
