« Pouvoir dire oui quand on a évalué le fait de pouvoir dire non. » Dans la salle "Play Time" du cinéma Jacques Tati, les mots de Claude Giordanella, sexologue et infirmière, résonne. Cette définition du consentement donne le ton. Derrière la prostitution des mineurs, pas question de choix, mais d'un système d'emprise méthodiquement orchestré par les proxénètes et les clients. Des hommes parfaitement conscients de rechercher la jeunesse.
L'emprise comme traumatisme
Une mécanique bien orchestrée : violences, puis récompenses, instillant une dépendance affective et matérielle, un schéma que les intervenants rapprochent explicitement des violences conjugales. Le téléphone, d'abord outil banal, devient instrument de contrôle : appels incessants, messages sur les réseaux sociaux, pression permanente. Loin d'être une échappatoire, le numérique est à un traumatisme de plus. Certaines victimes se détachent d’elles-mêmes pour survivre. D'autres s'anesthésient avec des substances, creusant encore leur dette auprès du proxénète.
Malgré les préjugés, ces situations traversent tous les milieux et tous les genres. Les victimes ont 12, 13, 14 ans, viennent de quartiers prioritaires, de foyers, de familles qu’on pourrait juger tout à fait intégrées, mais aussi de banlieues chics. « Elles sont prostituées, elles ne se prostituent pas », insiste la chercheuse Katia Baudry du CNRS. Une formulation qui dit, sans détour, leur statut de victimes. Elles se taisent par honte, parfois pour protéger les autres. Elles font davantage confiance aux éducatrices, parce que « tout homme peut être un potentiel agresseur », expriment-elles.
Le tsunami de la violence
Quand les parents l’apprennent, c'est un tsunami. Certains traquent le proxénète, vont chercher leur enfant dans les Airbnb où les clients laissent libre cours à toute leur violence. D'autres surmontent leurs dénis. Une minorité, tire profit de la situation, complices du malheur de leur propre enfant. Le trauma ne livre pas son histoire d'un bloc : le cerveau restitue par fragments, flous, contradictoires… Ce n'est pas un mensonge, comme certains peuvent pointer du doigt, par manque d’empathie ou de patience. C'est la mémoire traumatique.
Face à ce tsunami, un seul impératif : « Informer, parler et croire. C'est notre devoir. » insiste Claude Giordanella.
