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Toute une vie résumée dans huit minutes d’une archive sonore, est-ce possible ? Autant essayer de faire rentrer le territoire de Tremblay sur une place de parking. A fortiori lorsqu’on a de 73 à 92 ans, avec une vie bien remplie derrière soi. Ce n’était pas l’enjeu de Le reste de son âge. Ce projet, porté par la médiathèque Boris-Vian et le Service d’aide et d’accompagnement à domicile (SAAD) du CCAS, a mis à contribution huit Tremblaysiens et Tremblaysiennes. Tous volontaires pour se raconter dans ce podcast réalisé par une journaliste radio.

« Les aides à domicile du SAAD ont identifié des bénéficiaires qui ont accepté d’être enregistrés à leur domicile lors d’un entretien de près de deux heures, au cours desquelles ils ont dialogué avec leur interlocutrice », explique Fabienne Bocciarelli, coordinatrice de ce projet. « J’ai aimé la liberté de ton des uns, la volubilité d’autres, leur timidité au départ à s’exprimer devant un micro, l’humour de beaucoup d’entre eux, leur envie de confier leurs souvenirs ou tout simplement de parler pour sortir d’une forme d’isolement », confie Carine Fillot, qui a recueilli leur parole et construit ces portraits sonores.

Pas de thèmes imposés, juste le micro posé pour les écouter et enregistrer. « Le montage devait tenir dans ce format court et ça n’a pas été facile car ils ont raconté tellement de choses passionnantes sur leur parcours, leur famille, leurs centres d’intérêt, leur désir de demeurer autonome chez eux, leur vague à l’âme aussi pour certains », ajoute-t-elle. Une belle proximité s’est installée des deux côtés du micro. À chaque rendez-vous, l’aide à domicile du bénéficiaire était présente.

Être un témoin

Julien, 92 ans, s’est prêté sans rechigner à cet exercice. Mais ce fut pour mieux rendre hommage, la gorge nouée en évoquant Arlette, sa compagne décédée récemment. Ce Chti en verve, ancien ouvrier dans le Nord devenu comptable chez Rhône-Poulenc, ex-coureur cycliste amateur et fervent musicien dans les bals, s’est livré avec bonhomie, tendresse et sensibilité. « Quand on a l’habitude de jouer devant du public, parler dans un micro n’a pas été difficile », a-t-il confié avec un sourire complice.

Il a plongé dans ses souvenirs, jamais avare d’anecdotes. « J’ai connu l’exode en 1940 et la guerre, le dur travail en usine, et à ma façon je suis un témoin. On devrait davantage faire appel à la mémoire des anciens », a-t-il ajouté. « Le reste de son âge a aussi vocation à montrer les liens entre les bénéficiaires et les aides à domicile, et témoigner que leurs interventions dépassent le cadre de prestations ménagères ou domestiques », reprend Fabienne Bocciarelli.

Des parcours de vie singuliers

Sans sa confiance dans Mélanie qui l’accompagne au quotidien, Pierrette, 81 ans, aurait décliné la proposition. « Au départ j’ai pensé que je n’avais rien d’intéressant à raconter et puis les mots sont venus, comme ça », explique cette ancienne employée de banque au Crédit commercial de France (CCF) avec son accent indompté du Gers. Ce qu’elle a livré face au micro, elle aurait aimé l’écrire un jour, comme sa sœur jumelle lui a suggéré. « J’ai eu envie de parler de mes parents, de leur parcours de réfugiés en France après la guerre d’Espagne, de mon enfance et de ma relation avec ma jumelle. Je ne pense pas avoir raconté de choses tristes. Ça me fait du bien de parler car je trouve que nos parcours méritent d’être écoutés, mais avant ça ne se faisait pas », précise-t-elle. « Ces paroles de vies individuelles dressent un portrait collectif de notre société, ce qui donne tout leur intérêt », confirme Nathalie Dufour, responsable communication à la médiathèque, qui archivera ces portraits sonores. L’exercice est réussi.

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