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Peu importe la distance et le jet lag quand la récompense est à la hauteur. La ceinture brille sur l’épaule de Maïssa Kermezian. La boxeuse du Tremblay boxing club l’a gagnée le 15 mars dernier à Bangkok, en Thaïlande, à la World Boxing Futures Cup U19. Dans cette compétition aux 85 nations participantes, la Française est la seule de la délégation tricolore à être montée tout en haut du podium. En finale des -75 kg, la junior n’a laissé aucune chance à une costaude Ouzbèke, désarmée en trois rounds intenses (4-1). Un succès net, sans bavure. 

Fidèle à son style offensif, Maïssa n’a cessé d’enchaîner la marche avant, déclenchant des crochets des deux mains et des droites percutantes. « J’aime foncer, mettre la pression, asphyxier, appliquer une stratégie de la terreur », glisse « Miss no stress » en souriant. La jeune boxeuse de 17 ans ne se laisse jamais impressionner, qu’elle combatte devant ses proches ou dans une arène de plusieurs milliers de spectateurs comme en Asie. 

Mieux : elle se nourrit de la pression. Sa victoire en Thaïlande a aussi un goût de revanche. Battue en finale des championnats de France 2025, une défaite qu’elle juge encore « injuste », Maïssa a su rebondir. « Je m’en suis servie pour me renforcer. En début d’année, j’ai décroché le titre sans problème », assure-t-elle.


La gestuelle, les déplacements, la tactique… et aussi battre des garçons, ça me plaisait bien.


Potentiel et détermination

Pour ses entraîneurs et anges gardiens Christophe Barré et Kamel Moumen, le potentiel de leur protégée ne fait aucun doute. « Tout semble facile pour elle. Quand on voit sa détermination, ce qu’elle montre à l’entraînement, sa capacité à s’adapter et sa maturité, difficile de ne pas y croire », confient-ils. 

Depuis trois saisons, ils accompagnent cette pépite sans rien lui céder, tout en lui offrant un cadre propice à l’expression de son talent. Car derrière la réussite, il y a une histoire. « Mes parents m’ont inscrite à la boxe à 7 ans. Je manquais de confiance en moi, je parlais peu », se souvient la lycéenne, aujourd’hui en terminale option commerce. Très vite, la révélation. « La gestuelle, les déplacements, la tactique… et aussi battre des garçons, ça me plaisait bien », raconte-t-elle en riant. Sur le ring, elle apprend vite : mieux vaut donner les coups que les subir.

Si les adultes lui prédisent un avenir au sommet du noble art, dans le sillage de sa référence Estelle Mossely, Maïssa garde les pieds sur terre. Car la lumière a un prix : celui du travail. Six entraînements par semaine au minimum à la salle de boxe de Jean-Guimier, du rab de musculation, des stages réguliers avec l’équipe de France, des compétitions dans l’Hexagone et à l’étranger, et les études par-dessus le marché. 

Un rythme de forçat que la jeune boxeuse encaisse sans vaciller. « Je suis tombée dans la boxe comme Obélix dans la marmite. J’adore ça : je rencontre du monde, je voyage, je suis bien entourée dans mon club, j’ai des objectifs… c’est une vie de rêve », lance cette perfectionniste en regardant ses coachs. Parfois même, ceux-ci doivent la freiner. « Elle doit apprendre à s’économiser pour éviter les blessures », s’escriment-ils à lui expliquer. Car l’envie de toujours faire plus pourrait finir par lui jouer des tours.

JO 2028 en ligne de mire

Sur le ring, Maïssa continue de progresser à la vitesse d’un TGV, poursuivant l’hécatombe chez ses sparring partners masculins, pas rancuniers, à l’entraînement. En ligne de mire, son rêve olympique : les Jeux de Los Angeles, en 2028. Elle aura alors 20 ans. Peut-être sera-t-elle encore un peu tendre pour viser la lune, mais qui ne tente rien n’a rien. Soutenue par sa famille, présente au bord des rings, et par son lycée — où sa victoire en mars a été saluée jusque sur son Pronote par la proviseure —, Maïssa avance avec détermination. 

Fin mai, elle retrouvera l’équipe de France en Hongrie, avec, dans ses bagages, ses révisions du baccalauréat. Et l’après boxe, elle y pense déjà. La jeune femme hésite : un métier dans le milieu du sport ou s’orienter vers l’accompagnement de jeunes en difficulté, comme éducatrice spécialisée ? Une manière de continuer à se battre, mais pour les autres.

Maïssa Kermezian en quelques date

2016 : Découverte de la boxe

2023 : Première licence au Tremblay Boxing Club

2026 : Victoire à la World Boxing Futures Cup U19

2028 : Objectif suprême : Les JO de Los Angeles