Psychologue depuis 2012 dans les établissements accueillant la petite enfance à Tremblay, Catherine Dikoume-Ngotte intervient dans cinq équipements : les crèches de la Paix et Anne-Frank, celle de La Marelle, la halte-jeux Louise-Michel et la crèche familiale. Sur les enfants, elle est intarissable. « Je sais que d’autres observent de façon plus passive, mais moi, j’aime l’interaction, et si les petits me sollicitent je joue avec eux ! », confie-telle. Ses missions tournent autour de la prévention, du dépistage, voire de l’orientation vers un lieu de soins. « On peut parfois constater une relation difficile aux autres, ou bien des troubles autistiques, souligne cette mère de trois enfants. Cela reste en partie énigmatique, et le même trouble varie beaucoup d’un enfant à l’autre. Mon rôle est d’alerter les parents, dans un espace d’écoute confidentiel : il faut de la délicatesse et de la patience pour les amener à comprendre ce qui se passe. Quand la réalité devient évidente pour eux, il faut aussi les accompagner, car alors peut naître de leur part une forme de culpabilité, sur le mode : “Pourquoi n’ai-je rien vu ?” En tout cas, je ne fais aucun forcing. »
Tirer l’enfant vers le haut
En collaboration avec les directrices des structures, la psychologue propose des réunions hebdomadaires du personnel pour que chacun prenne du recul, échange et s’écoute. « C’est enrichissant et cela favorise la cohésion d’équipe. Je le vois comme un temps d’échanges bénéfique, qui doit déboucher sur des pratiques mieux adaptées », précise Catherine Dikoume-Ngotte. Elle anime aussi des réunions à thème pour les équipes, sur l’alimentation par exemple – « pas que sur l’aspect diététique, plutôt pour évoquer la relation que l’on tisse à ce moment-là » –, sur le jeu ou encore sur la meilleure manière d’accompagner un enfant qui se montre agressif. La question du handicap l’intéresse également et elle a contribué à mettre en place une « passerelle handicap » pour préparer l’entrée à l’école. Elle en est persuadée : « Un regard bienveillant peut tirer l’enfant vers le haut, car il est finalement ce que l’on dit de lui. Si on parle d’un enfant en termes négatifs, il va nous donner à voir ce que l’on dit de lui. Il faut lui offrir un milieu facilitant, car chacun a quelque chose de caché, qu’il faut aller découvrir, en posant le moins d’étiquettes possibles. En clair, il est indispensable de croire à l’autre, avant qu’il ne croie en lui-même. »
Un confinement difficile
Catherine Dikoume-Ngotte a toujours travaillé pour les plus jeunes, son « fil rouge », comme elle dit. Elle se souvient de sa propre enfance, plutôt heureuse, au Cameroun, avec un père sociologue qui enseignait à l’université et partageait son temps entre l’Europe et l’Afrique – avant que toute la famille ne s’installe en France. « Il nous ramenait toujours un tas d’histoires de ses voyages, nous parlait de la façon dont on vivait dans d’autres pays. Il avait un regard très humain sur les sociétés et les individus », raconte la professionnelle, née en 1973. Son arrivée en France remonte à 1987. La famille a d’abord vécu dans le Sud et Catherine a étudié jusqu’en maîtrise à l’université d’Aix-en-Provence, avant de déménager en région parisienne. Elle passe ensuite un DESS et un DEA, puis obtient un doctorat en psychanalyse interculturelle. « Je me suis orientée en psychologie car j’avais besoin de comprendre l’autre. J’ai eu assez tôt une forte relation aux autres, consciente de ce que chacun peut apporter. L’être humain, avec ses multiples facettes, est une éternelle découverte », fait valoir la quadragénaire, qui vit désormais en Seine-et-Marne après avoir habité Villepinte pendant plusieurs années. Durant la période hors normes du confinement, la psy a été sollicitée par l’espace Angela-Davis pour accompagner par téléphone deux adolescents qui vivaient ce moment difficilement. Elle-même ne l’a pas toujours bien vécu. « À la campagne, le silence me pesait beaucoup, et devoir rester enfermée a fait ressurgir en moi des souvenirs de la guerre que j’ai un peu connue enfant. » Pendant cette période si spéciale, elle a cependant eu la satisfaction de tisser des liens plus forts avec ses garçons, âgés de 7, 13 et 19 ans. « Cela m’a permis de voir ce que j’avais parfois manqué. »
