Léonard de Vinci, Nicolas Poussin, Théodore Géricault, Gustave Courbet et bien d’autres artistes font partie de l’univers de la plasticienne Sylvie Testamarck. Diplômée des Beaux-Arts de Paris, elle devient sculpteur puis délaisse la matière pour le trait fin de l’encre de chine, des dessins - au fusain, ou au bon vieux crayon HB - tissés en noir et blanc, dévoilant un imaginaire écorché, ciselé, terriblement attirant.
Sylvie Testamarck : « Je suis animée du profond désir de partager des émotions ».Elle aurait pu s’épanouir ainsi, dans son atelier, antre du silence. Mais non. L’artiste aime avant tout le partage. Le hasard – mais était-ce vraiment le hasard… la conduit à intervenir sur une exposition autour de Théodore Géricault présentée au Grand Palais.
« Pour la première fois, dit-elle, j’avais l’occasion de parler d’un artiste que j’admire beaucoup ». Les conférences ne quitteront plus sa vie.
Sortir l’art de ses ornières… Un acte citoyen ! Depuis dix ans, elle présente ici et là à qui aime l’entendre l’oeuvre et la vie d’une multitude d’artistes. A Tremblay, beaucoup se pressent à ses conférences données à l’Espace Jean-Roger-Caussimon. On vient de Tremblay, de villes avoisinantes, de Paris et parfois d’autres départements. Environ 130 passionnés d’art, simples curieux, emplissent la salle.
« Lorsque j’ai commencé, il y a huit ans, nous étions six ! », se souvient-elle.
Sylvie Testamarck est avant tout une passionnée. Elle ne présente que les artistes qu’elle admire, dont elle se nourrit pour son propre travail. Ne lui parlez surtout pas de cette culture réservée à une élite. Sortir l’art de ses ornières… Elle en fait un acte citoyen.
« Bien sûr, au début, les gens ont peut-être du mal à assister à une conférence parce qu’ils se mettent des barrières. Mais mon public vient aujourd’hui aussi bien pour Piero Della Francesca que pour Boltanski, qui sont des artistes difficiles, exigeants ». Pour elle, aucun doute
« l’art nous unit tous » car
« il touche à tous les domaines : le politique, le sexuel, le plaisir, la souffrance, les épreuves… ». Elle parle sans relâche de ces artistes qui
« évoquent les choses que nous vivons et que nous vivrons : l’inquiétude de la mort, de la souffrance… Picasso nous propulse en plein Guernica, voilà la réalité du vivant ! » La vision de l’artiste, plus que de l’historienne Elle ne se contente pas de lire l’histoire de l’art, elle la vit. Elle entre en scène, gesticule, théâtralise et, simplement ditelle,
« si l’histoire se passe bien entre le public et moi, c’est parce que je suis animée du profond désir de partager des émotions ». Elle enchaîne :
« Ce qui nous touche dans la création est de l’ordre du mystère. Ce mystère… il est intéressant d’en comprendre les arcades ». Dans les bibliothèques, elle est connue comme le loup blanc. Car la préparation d’une conférence demande un travail important.
Il faut se documenter, bien sûr. Mais surtout trouver le fil conducteur, celui qui mène aux réflexions pertinentes, qui rend l’exercice vivant.
« J’essaye toujours de dégager quelque chose de personnel. Les historiens de l’art peuvent se contredirent, se répéter. Ce n’est pas mon propos. Moi, je ne suis pas soumise à l’objectivité. Mes partis pris peuvent parfois choquer, mais je ne suis pas historienne. Je suis une artiste qui se positionne et l’angle d’attaque représente aussi une création », assure-t-elle.
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Ainsi, Picasso est présenté comme un homme sans peur. De Balthus, « ce vieux sadique, mais artiste formidable », elle dégage une enfance tourmentée. « Un type qui est resté bloqué à un moment de son enfance et qui va construire un univers où cette enfance doit être impérativement et jusque sa mort protégée ». Signalons par ailleurs qu’un projet est en cours qui pourrait aboutir à la sortie de DVD permettant au public - via la médiathèque notamment - de revivre chez lui ces passionnantes conférences. |