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Des fouilles au Vieux-Pays

Des fouilles au Vieux-Pays
  Entretien
Rencontre avec Cristina Gonçalves-Buissart l'archéologue au service Patrimoine du département de la Seine-Saint-Denis et responsable des fouilles réalisées actuellement au Vieux-Pays, sur l’emplacement de la future maison d’accueil pour les personnes dépendantes.

Fouilles au Vieux-Pays
Pouvez-vous présenter le terrain sur lequel les fouilles sont engagées ?
Il s’agit d’un emplacement qui est situé au Vieux-Pays, allée des Tilleuls, et qui accueillera prochainement un équipement destiné aux personnes âgées dépendantes et notamment celles touchées par la maladie d’Alzheimer. Préalablement à sa construction, un diagnostic concernant l’intérêt archéologique du lieu a été établi. Le Centre départemental d’archéologie a été mandaté pour réaliser les fouilles qui vont s’étaler jusqu’en mai. Cet espace s’étend sur 10 000 m2, mais la fouille n’en recouvre en fait que 4 000 car nous n’intervenons que sur la partie sud, celle qui va être concernée par les travaux. Ce qui est intéressant dans ce travail, c’est qu’il s’inscrit dans la continuité des fouilles opérées à proximité directe du site, notamment en 1980 et 1998. Cela nous permet d’avoir une vision complète de l’évolution du village entre le IXe et le XIVe siècle.

Quel type de découvertes avez-vous fait sur les lieux ?
La plupart des zones mises à jour étaient dédiées à l’activité et au travail. Elles concernent une frange chronologique qui va de l’époque mérovingienne (du Ve au VIIIe siècle) jusqu’aux XIIIe et XIVe siècles. Nous avons notamment découvert de nombreuses traces d’activités artisanales, comme des silos de conservation du grain. Il faut savoir qu’ici, les occupations ne se superposent pas : on ne trouve donc pas de choses plus anciennes au fur et à mesure que l’on creuse. Nous découvrons par exemple une fosse datant d’une période tandis que le trou qui lui est voisin peut remonter à une époque différente. Le terrain a été occupé pendant 9 siècles, ce qui explique cette variété. 

Qu’est-ce exactement qu’un silo ?
C’est un lieu permettant de conserver les productions agricoles d’une récolte à l’autre. On creusait des trous pour y mettre les graines avant de les reboucher. Les bords pourrissaient, mais pas l’intérieur. Il n’y avait pas de réfrigérateurs à l’époque. Au fond de ces fosses, nous trouvons aujourd’hui des graines enterrées. Peut-être y avait-il également des systèmes de grenier surélevés, mais nous n’en avons plus trace. L’empreinte de poteaux dans la terre permet d’émettre cette hypothèse. Le bois ayant disparu avec le temps, c’est en identifiant des empreintes plus sombres dans le sol que nous pouvons repérer de telles structures. Il s’agit en quelque sorte d’une image en négatif. Nous avons également trouvé des fossés qui divisaient le terrain en secteurs. Ils permettaient de distinguer des parcelles d’activités différentes. Vous pouviez par exemple avoir des silos d’un côté et de l’élevage de l’autre. 

Y-a-t-il d’autres traces de ces activités artisanales ?
Oui, nous avons également découvert des fonds de cabanes. Ce sont des structures qui servaient soit d’habitation, soit (et c’est plus probable) pour des activités artisanales telles que le tissage. Protégées par de petites toitures, les personnes pouvaient s’y abriter de la pluie ou des intempéries. A l’époque du Haut Moyen Age, les habitations étaient en bois. Il n’en reste donc plus que la trace des poteaux dans la terre. Après les fouilles, nous allons d’ailleurs tenter d’en restituer la forme à partir des empreintes que nous avons trouvées.

Vous avez également mis à jour 2 sépultures mérovingiennes…
Oui, et cela constitue une découverte assez inattendue car nous n’en avions pas trouvé lors de la fouille de 1998. Il s’agit de deux sépultures d’enfants accolées l’une à l’autre. Ils ont été enterrés avec leur biens : boucles d’oreilles, boucles de ceinture… C’est la présence de ces bijoux qui nous permet de dater ces tombes à l’époque mérovingienne. Ensuite, à partir de Charlemagne (époque carolingienne), on s’est mis à enterrer les morts dans des cimetières et c’est aussi à cette époque que l’on a cessé de les mettre en terre avec leur mobilier, car l’église interdisait cette pratique. 

Les scolaires vont pouvoir profiter de ces découvertes…
Oui, des visites pour les écoles sont organisées avec le service Action culturel de la ville à chaque fois que des fouilles sont entreprises. Comme le chantier n’est pas très visuel (après tout, seul des trous sont visibles), on recourt à des panneaux qui expliquent et donnent à voir les structures telles qu’elles étaient à l’époque. Ces visites sont également l’occasion d’expliquer aux élèves les méthodes de fouilles archéologiques.

Propos recueillis par Olivier Magnin

En 2005, Cristina Gonçalves-Buissart nous parlait des fouilles sur le chantier de raccordement à la RD40. Lire l'entretien »
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