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mis en ligne le 7 avril 2009

Une ambulance et bien plus…

Début mars, des délégations tremblaysienne et villepintoise se sont rendues au Mali dans le cadre d’un projet solidaire avec le village de Fatao. Outre la livraison d’une ambulance destinée au centre de santé, de nombreux contacts ont été pris pour renforcer à l’avenir les relations d’amitié et d’échanges entre les trois communes. Récit, par Jamel Balhi, d’une riche semaine en terre africaine.

Après une longue route depuis Bamako, l'ambulance est accueillie dans Fatao. © Mairie de Tremblay-en-France

Ils s’appellent Bintou, Modibo, Omar et Nancy, deux filles et deux garçons originaires de deux communes voisines : Tremblay et Villepinte. C’est au travers de ces quatre jeunes, désignés ambassadeurs, que les deux villes ont souhaité apporter leur soutien à Fatao, un village du Mali situé en pleine brousse à 400 km de Bamako.

La mission de ces quatre jeunes, encadrée par l’animatrice Louisa Bouzidi, consistait d’une part à étudier la situation sanitaire, éducative et socioculturelle et, d’autre part, à réaliser un reportage sur leur voyage qu’ils présenteront bientôt dans le but de sensibiliser d’autres personnes aux nécessités des plus pauvres.

Cette délégation est également composée d’élus des deux villes. Karima Malki, adjointe au maire de Villepinte en charge de la coopération décentralisée et Amadou Cissé, conseiller municipal à Tremblay et animateur bien connu de la jeunesse tremblaysienne, ont tenu à faire le déplacement à Fatao pour concrétiser de longs mois d’échanges avec les autorités locales.

Au-delà de la rencontre avec l’ambassadeur de France à la chancellerie de Bamako et le préfet de région dans la ville de Diéma, ce séjour en terre africaine est en effet l’occasion pour les municipalités de s’accorder sur les développements futurs de cette coopération décentralisée.

Autre mission de l’étape, l’acheminement d’une ambulance vers le modeste centre de santé de Fatao. Dotée d’une maternité, Fatao souffre hélas d’un défaut de transport médicalisé, plus particulièrement pour les malades et les femmes enceintes éloignés des centres de soins. Selon les statistiques, une femme malienne enceinte décède toutes les trois heures, le plus souvent faute de soins prodigués à temps.

Dans ce contexte, Tremblay et Villepinte ont décidé – en partenariat avec les associations Sounpou et Faso-id – de faire don d’une ambulance pourvue de matériel médical à la commune malienne. Derrière cette vaste et généreuse opération de coopération, il y a le long travail de Mme Saké Niakaté, habitante de Villepinte, qui accompagne la délégation.

Saké s’est déjà rendue plusieurs fois à Fatao, où est né son père. « Il faut aider les gens de ce village pour qu’ils puissent rester sur place et ne tentent pas de migrer », explique-t-elle, convaincue qu’« un village ne peut pas évoluer tant que les gens, et notamment les filles, ne vont pas à l’école ».

A Bamako, Amadou Cissé, conseiller municipal à Tremblay (3e en partant de la gauche), Karima Malki adjointe au maire de Villepinte (2eme en partant de la droite) et la délégation au grand complet rencontrent les responsables de l’association malienne de solidarité et de cooperation internationale pour le développement.
A Bamako, Amadou Cissé, conseiller municipal à Tremblay (3e en partant de la gauche), Karima Malki adjointe au maire de Villepinte (2eme en partant de la droite) et la délégation au grand complet rencontrent les responsables de l’association malienne de solidarité et de cooperation internationale pour le développement. © Mairie de Tremblay-en-France

En terre d'Afrique...

En ce 5 mars 2009, nous posons donc le pied sur le sol africain martelé par un soleil de plomb. La température approche les quarante degrés. Les valises débordent littéralement de « petits cadeaux » destinés aux écoliers de Fatao et des communes environnantes.

Du matériel de santé et des vêtements vont être aussi distribués sur place. L’ambulance, elle, est parvenue quelques jours plus tôt, par voie maritime, jusqu’à Dakar, suivie d’un parcours routier jusqu’à Bamako. C’est depuis la capitale malienne qu’elle sera acheminée jusqu’au cœur de la brousse.

L’accueil et la conduite logistique du voyage sont assurés par monsieur Dehibou Kamara, un des responsables de l’AMSCID (Association malienne de solidarité et de coopération internationale pour le développement). L’action de cet organisme africain conjuguée au travail des élus de Tremblay-en-France et de Villepinte est l’élément moteur de la réussite du projet.

Après une longue route depuis Bamako, les 50 derniers kilomètres à bord d’un minibus sont parcourus sur une piste « à l’africaine », faite de nids d’autruche et de tôle ondulée… Les secousses vont bon train. Le paysage est parsemé d’étranges baobabs qui étonnent.

L’un des membres accompagnateurs de l’AMSCID prétend avoir aperçu une lionne et sa portée… Il est vrai que le paysage se prête à ce genre de vision, mais combien de lions ont pu être épargnés par les braconniers qui sévissent encore dans le coin ? Pas de lions sous les objectifs photographiques, juste quelques chacals à l’ombre des baobabs.

Le paysage est parsemé d’étranges baobabs qui étonnent.
Le paysage est parsemé d’étranges baobabs qui étonnent. © Mairie de Tremblay-en-France

Un événement dans l’histoire du village

À Fatao, c’est une foule en liesse qui nous accueille. Les 6 700 habitants presque au complet se sont réunis pour saluer un événement majeur dans l’histoire du village. Beaucoup ont revêtu leurs plus beaux vêtements. Fusent alors les messages officiels de bienvenue, transmis en écho par la voix du griot, dépositaire de la culture orale.

Les cérémonies protocolaires prennent l’allure de prêche religieux. « Merci à Dieu pour ce cadeau de Tremblay et Villepinte ! » s’exclame de sa voix la plus solennelle Monsieur le maire. « Merci à Dieu pour ce cadeau de Tremblay et Villepinte ! » répète à tue tête le griot.

Pour saluer l’arrivée de notre délégation tant attendue, deux moutons sont sacrifiés sur le champ ! Encore une preuve s’il en est que pauvreté, ici comme ailleurs, rime avec générosité et hospitalité. Le maire de Fatao, monsieur Traoré Bouyagui, a revêtu son boubou des plus élégants, surmonté de l’emblème tricolore malien, rouge, jaune et vert….

Ce dernier est accompagné des vieux sages du village. Il est une tradition africaine qui traverse les âges : la vénération des anciens. Leur parole est écoutée et respectée comme un bien des plus précieux.

L’électricité a été installée deux semaines avant notre arrivée dans le centre d’accueil où nous logeons, l’un des rares bâtiments en dur de Fatao. Le reste du village n’a jamais connu autre lumière que celle du soleil et des bougies…

 

L'ambulance à son entrée dans Fatao.
L'ambulance à son entrée dans Fatao. © Mairie de Tremblay-en-France

Un terrain d’échanges solidaires

Pour chacun des ambassadeurs, Fatao restera un terrain d’échanges solidaires. Ils vont s’exprimer dans leur domaine de prédilection. Ainsi, Bintou, 22 ans, originaire de Tremblay-en-France aura à cœur d’initier au rugby des jeunes Maliennes. Une découverte insolite pour quelques jeunes filles du village. Le ballon ovale en laissera plus d’une perplexe.

Pour les trois hommes, dont Amadou Cissé, le ballon sera rond, et c’est plusieurs matches de football qui seront organisés entre sportifs masculins de Fatao. Très vite, la balle prend la couleur rougeâtre de la latérite, si caractéristique de la terre africaine. Plusieurs ballons de foot ont été apportés de France, et resterons sur place… En bon éducateur, Amadou n’est pas avare en conseils. « Ne dispersez point votre énergie, elle risquerait de partir en fumée… »

C’est en matière de santé que va intervenir la jeune Nancy dans l’école primaire du village. Les 55 élèves de la classe sont sensibilisés sur l’hygiène et la prévention contre le paludisme, principale cause de mortalité chez les enfants de moins de cinq ans au Mali.

Les moustiquaires achetées à Bamako et distribuées sur place sont un des moyens de se préserver contre les piqûres de moustique, à l’origine de cette maladie. Le nettoyage des plaies à l’alcool et la pose de compresses stériles suscitent la curiosité des jeunes élèves, avides de nouvelles découvertes.

Amadou Cissé, en coach de Fatao.
Amadou Cissé, en coach de Fatao. © Mairie de Tremblay-en-France

D’énormes besoins

Les besoins dans des domaines aussi primordiaux que la santé et l’éducation sont évalués par les représentants de nos deux villes. L’école manque cruellement de cahiers et de crayons. Les familles ne pouvant assurer les fournitures, c’est souvent aux professeurs de trouver le matériel d’écriture, base de toute éducation scolaire.

Quant au dispensaire, il manque de tout ! Nous faisons la connaissance de « la matrone », c’est ainsi que l’on appelle ici la sage-femme du village. Cette dame aux formes généreuses d’une cinquantaine d’années exerce sa spécialité dans le petit dispensaire. Arrivée en 1998, elle a pratiqué depuis, 1 775 accouchements.

Le nouveau centre de santé est inauguré le lendemain de notre arrivée. Simple bâtiment de parpaings chaulés, composé de deux pièces aux murs défraîchis. L’unique table d’auscultation sert aussi à l’accouchement. Une fenêtre est ouverte sur l’extérieur, offrant une belle perspective sur les baobabs d’Afrique. Les mouches entrent et sortent à l’envi, ainsi que les geckos, ces gros lézards affamés.

École de Fatao. Les besoins dans des domaines aussi primordiaux que la santé et l’éducation sont évalués par les représentants de nos deux villes.
École de Fatao. Les besoins dans des domaines aussi primordiaux que la santé et l’éducation sont évalués par les représentants de nos deux villes. © Mairie de Tremblay-en-France

Une naissance

La sage-femme du village, dite la "matronne" a aidé à la naissance dans le petit dispensaire.
La sage-femme du village, dite la "matronne" a aidé à la naissance dans le petit dispensaire. © Mairie de Tremblay-en-France

On nous annonce l’arrivée imminente d’une future maman. L’ambulance conduite par un chauffeur local autoproclamé ambulancier part aussitôt à sa rencontre. Première sortie de la belle et blanche ambulance toutes sirènes hurlantes à travers un dédale de ruelles poussiéreuses et inondées d’enfants surexcités à la vue d’un tel engin.

Quelques instants après son départ, nous voyons surgir un petit âne chétif tirant une carriole. À son bord, une Africaine d’une trentaine d’années, sur le point d’accoucher. Le chauffeur de l’ambulance n’avait pas emprunté le bon chemin…

La villageoise s’allonge sans aide sur le divan médical, et le nouveau-né apparaît en quelques secondes à peine. La matrone dépose l’enfant aux pieds de la mère allongée sur le dos, jambes repliées. Ils restent ainsi reliés pendant de longues minutes par le cordon ombilical. L’enfant hurle à la vie, mais sa maman n’exprime encore aucun signe.

Elle ne regarde pas le petit garçon qui vient d’ouvrir les yeux sur le monde, ne le prend pas sur son ventre, ne le touche pas et n’exprime qu’un vague regard lointain. Le bébé et sa mère s’observent alors en chiens de faïence.

La brave matrone se décide enfin à sectionner le cordon. D’un regard expérimenté, elle évalue le poids de l’enfant à 3,750 kg, qu’elle inscrit sur une feuille de papier. Vient ensuite la toilette du bébé, plongé directement dans un seau en plastique posé sur le sol en ciment poreux. Le savonnage est vigoureux, ce qui a pour effet d’ouvrir à nouveau les vannes lacrymales du bébé, et activer tous les décibels de son petit corps tout ruisselant de mousse de savon.

La sage-femme confie que la mère vient de donner naissance à son huitième enfant, mais un seul est encore en vie. Les six autres on été emportés par des maladie infantiles vers l’âge de 2 ou 3 ans...

Le père fait alors une entrée discrète dans la salle d’accouchement. Lui non plus ne porte aucun regard vers l’enfant, ni même vers sa femme, sa deuxième épouse. Le bébé continue d’être ignoré de ses parents. L’émotion serait-elle si forte qu’elle a peine à s’exprimer ?

Une naissance sans crépitement d’ordinateurs, sans chirurgien de garde prêt à intervenir en cas d’accouchement dystocique, sans précautions élémentaires d’hygiène, pas de bouquet de fleurs ni de faire-part de naissance, pas de visites de proches hormis celle d’un mari indifférent… 30 minutes après la venue au monde de son bébé, la maman se lève de la table d’opération, et se dirige péniblement vers la sortie, le bébé enveloppé dans une couverture.

Une étape qui s’achève, une action à pérenniser

Le maire de Fatao ainsi que notre délégation au complet sont venus saluer l’arrivée du petit. Le chef de Fatao décide lui-même du prénom de l’enfant. « Il s’appellera François ! » en l’honneur du député-maire de Tremblay-en-France. « La prochaine fille, nous l’appellerons Nelly ! » promet monsieur Traoré Bouyagui.

Un petit clin d’œil pour son homologue de Villepinte. Et l’ambulance, encore immatriculée « 93 », de reconduire mère et enfant au coeur du village. C’est la toute première utilisation du véhicule en tant que « transport médical ». Amadou Cissé n’avait pas manqué d’effectuer une démonstration in vivo de toutes ses fonctionnalités, y compris bien sûr de l’utilisation de la sirène.

Dès le soir suivant, nous allons rendre visite au nouveau-né... La maman semble en pleine forme ; elle allaite son enfant en l’enveloppant dans ses bras avec toute la tendresse d’une mère. Quelques heures à peine, et le bébé donne déjà tous les signes d’appartenir à ce monde.

Une arrière-arrière-grand-mère âge de 104 ans est accroupie non loin sur le sol en terre battue. C’est la doyenne de Fatao, le livre du village… « Elle ne voit plus rien, mais possède encore toute sa tête et toute sa vigueur » clame un sage de la commune.

Pour chacun des membres de la délégation, voir l’ambulance servir une première fois est comme un aboutissement, celui d’un véritable échange solidaire avec le village de Fatao. Mais, comme précisé plus tôt par l’ambassadeur de France au Mali, « il n’y a de véritable échange que dans la durée. »

L’aventure est loin de s’achever en ce 15 mars 2009, lorsque nous reposons le pied en France ! Un prochain projet solidaire est envisagé l’automne prochain avec le Mali… Un partage entre trois communes, deux cultures et deux continents.

Soleil derrière les baobas. Fatao mars 2009
Soleil derrière les baobas. Fatao mars 2009 © Mairie de Tremblay-en-France