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Principale cause de dépendance des personnes âgées en France, la maladie d'Alzheimer touche 225 000 personnes nouvelles par an. Estimé à 800 000, le nombre de malades pourrait passer à 1,3 millions en 2020 et 2,1 millions en 2040, selon un rapport publié en 2005 par l'Office parlementaire d'évaluation des politiques de santé (Opeps). Or, l'offre d'hébergement est très largement insuffisante. Dans 70 % des cas, c'est la famille qui prend en charge la personne malade et lui permet de rester à domicile.
La situation en Seine-Saint-Denis est particulièrement tendue puisque le département ne compte aucun établissement spécialisé. Deux projets sont en cours à Saint-Denis et à Tremblay.
La ville accueillera en juillet 2008 une résidence de 104 lits (EHPAD) entièrement dédiée aux personnes atteintes de la maladie d’Alzheimer. La propriété d'un hectare acquise par la ville, à l'angle de la route de Roissy et l'allée des Tilleuls au Vieux- Pays, a été choisie pour sa qualité paysagère, sa vaste superficie et son calme. A la bâtisse entièrement rénovée s’ajoute un bâtiment neuf.
« La volonté de la municipalité a été primordiale », souligne Chantal Gire, responsable de la société Solemnes, chargée du projet de vie et de la gestion du futur établissement. « Tremblay présente l’avantage d’avoir une activité associative riche et une action municipale importante en direction des personnes âgées », poursuit Chantal Gire. « Nous avons l’objectif de nous intégrer à cette vie sociale et de développer des initiatives partagées avec d’autres acteurs locaux ».
Premier pas dans cette intégration : l’embauche à venir de 68 salariés en CDI à temps complet. « Nous sommes déjà en relation avec les services de la ville et les organismes d’aide à l’emploi pour recruter localement », précise la dirigeante de Solemnes. Aux côtés des indispensables personnels administratifs et médicaux, sont recherchés des emplois aussi divers que ceux de cuisinier, jardinier, animateur ou encore gardien.
Chaque salarié sera spécifiquement formé pour communiquer avec les personnes atteintes de cette maladie complexe. Celles-ci décodent une attitude amicale ou hostile selon l’expression du visage, le ton et le débit de la voix, les postures et les gestes. 80 % de la communication passe ainsi par le mouvement corporel, 13 % par le ton de la voix et seulement 7 % par le verbe.
Cette prise en charge des patients a un nom : l’humanitude. « Une nouvelle méthode de soins fondée sur la communication verbale et non verbale, la mémoire affective et la parfaite connaissance du résident », explique Chantal Gire. « Connaître le parcours de vie de chaque personne est essentiel... A l’entrée du patient, nous établissons un carnet de connaissance qui va permettre une prise en charge individualisée. Il donne connaissance du vécu des personnes, leurs douleurs, leurs préférences, leurs habitudes et leurs rythmes. Les familles ont donc un rôle majeur puisqu’elles seules détiennent la clef de cette mémoire. » Une méthode qui, simplement, revendique une prise en charge plus humaine du patient.
Les familles seront amenées à choisir elles mêmes l’aménagement et la décoration des chambres pour donner à celles-ci un aspect chaleureux et familier. Une salle polyvalente sera mise à disposition pour des réunions et des repas privés. Tout est fait pour que les familles se sentent chez elles dans cette résidence de 8 appartements de 13 personnes avec cuisine et salon communs. Chaque malade bénéficie d’une chambre, d’une salle de bain et de WC individuels.
Au total, un espace ouvert de 3 000 m2 avec un parti pris : celui de « la liberté d’aller et de venir ». L’objectif est de diminuer certains troubles du comportement comme le risque de fugue ou bien l’agressivité. La déambulation libre permet aux malades de mieux gérer leurs angoisses. Un jardin clos prolonge ce lieu de vie avec une vocation thérapeutique clairement affichée. Il se divise en deux espaces : un vaste parc dédié à la promenade libre et un espace architecturé floral et potager pour l'activité des pensionnaires.
Dans le projet de vie défini par Solemnes, la part des animations est fondamentale : partage des tâches quotidiennes (cuisine, ménage, jardinage), ateliers créatifs (poterie, peinture, musique…), activités extérieures (visite, boutiques…), exercices sollicitant la mémoire et stimulations sensorielles. Pour les responsables de Solemnes, c’est la notion d’ « ici et maintenant » qui est visée : « c’est le moment que l’on est en train de vivre qui est important. L’objectif est de faire de chaque moment, un moment de plaisir et d’enrichissement ». Tous les actes ont ainsi une valeur thérapeutique.
Un constat qui rend compte de la difficulté pour les familles à prendre en charge chez elles une personne malade. Pour leur venir en aide, la future structure du Vieux-Pays mettra à disposition le savoir des professionnels et proposera des possibilités de répit (accueils de jour, de nuit ou pour des périodes déterminées). Des moyens pour permettre aux proches de se ressourcer et de faire face à leur tâche avec efficacité et humanité.