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Finalement, on ne serait peut-être pas là à vous rendre hommage si – vous aviez alors 20 ans – vous n’aviez pas rencontré un certain Hervé Morvan…
Oui, cela a été un tournant. J’avais commencé à me lancer dans le dessin et découvrais les affiches de Paul Colin [un des plus grands affichistes français avec Hervé Morvan] sur les murs de Paris… Exactement ce que je voulais faire. Un ami m’a présenté à Hervé Morvan qui avait beaucoup de travail à l’époque et qui dessinait aussi des affiches pour le cinéma. Il a été un bon professeur et m’a appris le métier, de A à Z. Je suis devenu son assistant puis il m’a pistonné dans le cinéma !
Vous vous souvenez de votre première affiche ?
C’était pour un petit film dont le titre était Le Plus joli péché du monde (Il en rigole). Mais je ne faisais pas que ça, il y avait aussi des commandes pour la publicité : ma première c’était pour un produit qui n’existe plus, Vitapointe… le bonheur des cheveux ! Il y en a eu tellement d’autres, pour le Gaz, l’Électricité de France…
L’année décisive pour votre production, c’est 1954…
Oui, c’est à ce moment que je dessine les premières affiches pour les rééditions des films de Chaplin. Les producteurs avaient organisé une compétition entre les affichistes pour déterminer l’heureux élu. Hervé Morvan ne supportait pas l’idée d’être mis en lice, c’est moi qui y suis allé. Chaplin a retenu mon projet, c’était l’affiche pour Les Temps Modernes… Même façon de procéder, deux mois plus tard, pour La Ruée vers l’or. Et même sanction !
Il y a une petite anecdote à propos de cette affiche ?
Oui. L’affiche se trouvait déjà au tirage lorsqu’on m’a fait savoir que Charlie Chaplin trouvait que le petit personnage le représentant avait un doublementon : petite coquetterie, j’ai dû corriger !
Les commandes des Artistes Associés pour les films de Chaplin ont contribué à votre notoriété…
Oui, même s’il n’y a pas eu tant de films que cela. À vrai dire, j’ai continué à dessiner des projets après la mort de Chaplin, notamment pour Les Temps Modernes. Cela vous pourrez le voir à Tremblay. De même que la bande dessinée Le Kid, rééditée pour l’exposition, qui avait paru sous la forme d’un feuilleton dans France-Soir, en 1974.
Justement, l’âge d’or de l’affiche de cinéma va perdurer jusqu’à la fin des années 70 et c’est un autre point d’orgue pour vous que la récompense obtenue – prix spécial de l’affiche à Cannes en 1974 – pour Emmanuelle de Just Jaeckin…
Ah oui, Emmanuelle, je vais vous dire comment je l’ai faite cette affiche. Un jour, on me dit qu’on va bientôt sortir Emmanuelle, que c’est encore interdit pour l’instant. On me montre le livre un peu sous le manteau et m’explique que ce n’est pas mon genre… J’ai répondu mais si, j’ai une idée : j’avais une pomme et un serpent dans mon carnet de croquis et, en une nuit, j’ai dessiné l’affiche à partir d’une paire de fesses découpées dans Lui. Ça a paru dans Le Film français et après les commandes pour les films pornos ont afflué, vous ne pouvez pas savoir !
Oh oui, des noms !
Il y en a beaucoup que je n’ai pas signé… Tiens, un jour je reçois un coup de fil : « Léo Kouper, je viens de voir votre affiche dans Le Film français, vous allez faire celle de mon film – le type ne me demande même pas mon avis – ça s’appelle Couche-moi dans le sable et fait jaillir ton pétrole ! » C’était une affiche marrante, rééditée depuis lors en carte postale. J’en ai fait tellement d’autres, Caresses bourgeoises… des films mineurs (!) mais alimentaires. Et puis, il y a eu des projets invalidés, tels qu’Une nuit à l’assemblée nationale de Jean-Pierre Mocky, accepté par le réalisateur et refusé par les distributeurs… Du reste je continue à travailler avec Mocky : je lui ai dessiné les affiches du Dossier Toroto, des Insomniaques… Et je travaille actuellement sur un projet de film qui s’appelle Le Mentor.
Quel est le secret d’une bonne affiche ?
Faire le plus simple possible ! Une affiche ce doit être évident, on ne doit y mettre que l’essentiel, d’ailleurs j’ai inventé un mot : « évidentiel » ! Il y a la vie, le vide – très important ! – il y a la danse et il y a le ciel… voilà !
* L’Académie des banlieues, créée à l’initiative de François Asensi, a pour objet de combattre les idées reçues à l’encontre des banlieues et – en contrepoint – de mettre en valeur leur richesse et leur population. L’exposition Léo Kouper voyagera dans différentes villes d’Île-de-France avant de se promener dans les banlieues lyonnaises, marseillaises et grenobloises…
L'exposition "Le cinéma de Charlie Chaplin par Léo Kouper, affichiste"