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mis en ligne le 3 février 2016

Duos de cirque

Il n’est plus à démontrer que le cirque contemporain est chez lui à Tremblay. Le théâtre Louis-Aragon présente deux courtes pièces de cirque acrobatique vendredi 5 février à partir de 20h30. Des duos de jeunes circassiens qui mêlent virtuosité, grâce et créativité.

Noos
Noos © Clément Cebe

La soirée débutera avec Noos, une pièce créée et interprétée par les acrobates Justine Berthillot et Frédéri Vernier. Un duo de portés acrobatiques stupéfiant de fluidité et d’inventivité. Ici, le main à main n’est pas conçu comme un enchaînements de figures mais comme un corps à corps aux prises avec la circulation des énergies.

« Noos est un terme grec, c’est l’intelligence, explique Justine Berthillot qui avant de se consacrer au cirque étudiait la philosophie, c’est un principe d’Aristote, pour lui c’est l’intelligence qui anime la matière. Nous, ce qui nous intéresse, c’est le mouvement. » Et au centre le corps humain. L’un porte, l’autre est porté. Deux corps qui prennent appui l’un sur l’autre, non sans heurt, qui s’agrippent, qui entrent en collision et qui chutent parfois.

« On s’est rendu compte que c’était beaucoup comme ça dans la vie, développe son partenaire Frédéri Vernier, on passe notre vie à se porter, on supporte quelqu'un, on le porte, on l’accompagne. » Le travail artistique des deux acrobates, qui se sont trouvés lors de leur formation à l’Ecole nationale des arts du cirque de Rosny-sous-Bois, est fondé sur l’écoute et sur un engagement physique total.

« Notre recherche est purement corporelle, poursuit Frédéri Vernier. Nous avons eu une formation classique, l’écriture [de la pièce] est venue en s’appuyant sur cette technique, en la déformant. » Une grande poésie se dégage de Noos qui bouleverse la conception classique de cet art du cirque qu’est le main à main.

Dans la spirale de la roue cyr

Somnium
Somnium © Christophe Raynaud De Lage

La deuxième pièce propose de nous transporter dans un songe. Somnium, pièce de Stefan Kinsman et Juan Ignacio Tula, a pour pierre angulaire une roue cyr, agrès du cirque qui a trouvé son nom à la fin des années 90 mais qui existe depuis la fin du 20e siècle. Voici donc un cerceau, à taille d’homme, qui redistribue (et recrée) les espaces au sein desquels toutes les circonvolutions sont imaginables.

« La première fois que je l’ai vue c’était sur une vidéo, raconte Stefan Kinsman. J’ai aimé le mouvement super simple et fluide de cet agrès, qui permet la manipulation, le jonglage et la danse. » Avec la roue cyr, les acrobates se livrent à l’antipodisme, le jonglage avec les pieds. Et le duo ouvre le champ de tous les possibles.

« Nous avons trouvé des univers qui s’ouvrent vraiment en travaillant à deux, s’enthousiasme l’artiste. Nous sommes au début d’un monde. » Le tandem s’est construit, si l’on peut dire, avant même d’exister. Stefan Kinsman est né en Suisse mais a grandi au Costa Rica. Juan Ignacio Tula est lui Argentin avec des origines italiennes. Tous deux viennent donc d’Amérique du Sud. Tous deux ont jeté leur dévolu sur la roue cyr. Tous deux ont étudié le cirque dans deux écoles différentes de Turin en Italie. Bref, ces deux-là devaient se rencontrer. Ce fut chose faite au Centre national des arts du cirque de Châlons-en-Champagne.

C’est en compagnonnage avec la compagnie lyonnaise MPTA (Les mains, les pieds et la tête aussi), qu’ils ont élaboré la dramaturgie. Une écriture qui s’empare de sujets vastes. « Nous touchons au thème du paganisme, de la colonisation, de la religion en Amérique latine », précise Stefan Kinsman. Les deux acrobates se lancent pour cette année 2016 dans la création d’une version longue de Somnium, dont la version courte a déjà beaucoup tourné, notamment en Amérique du Sud.

Rendez-vous au théâtre Louis-Aragon, vendredi 5 février à 20h30.

Auteur : Mathilde Azerot