Accueil / Ville à vivre / Se cultiver / Médiathèque Boris Vian / Entretien avec Frédéric Touchard

Avant de devenir écrivain, il y a eu une autre vie, vous restez d’ailleurs attaché à votre métier de documentariste…
Oui, plus que jamais et j’entends mener de front les deux activités, l’écriture et la réalisation de films documentaires. Auparavant, j’avais commencé par être stagiaire dans l’audiovisuel, c’est-à-dire faire des cafés (sourires !) puis je me suis occupé de la direction de tournages avant de devenir directeur de production : à cette époque, j’ai beaucoup travaillé autour de la réalisation de clips. Plus tard, j’ai eu envie d’aborder d’autres formes filmiques, de toucher au fond des choses grâce aux documentaires.
On sent l’attachement dans vos documentaires à une région, le Nord- Pas-de-Calais et plus précisément le Dunkerquois, région qui a servi de cadre à Nu rouge…
Je ne suis pas du tout originaire du Nord-Pas-de-Calais. J’y suis allé pour la première fois à l’occasion d’une fête, ce qui fournit une excellente entrée en matière… Très rapidement j’y ai tourné un film, La Fanfare ne perd pas le Nord, et j’ai vraiment pu découvrir une région avec un passé passionnant en termes historiques. Et un présent assez douloureux aussi : le Nord-Pas-de-Calais, c’est une sorte de préfiguration des situations que la France va connaître. La désindustrialisation, la crise…
Comment vous est venue l’envie d’écrire un roman, d’entrer en littérature ?
Ça me titillait depuis longtemps… Le documentaire fournit un merveilleux outil pour vous mettre au contact avec une réalité puissante. Je n’étais par exemple jamais entré dans une usine de métallurgie. En même temps, j’ai eu envie d’entrer un peu plus dans la fiction pour exprimer certains points de vue possibles, des points de vue plus délicats à exprimer que dans le cadre d’un documentaire.
Ça s’écrit comme des documentaires un roman ? Ceux-là ont-ils alimenté ce dernier ?
En l’occurrence oui. C’est un roman écrit avec une passion pour le Nord-Pasde- Calais, un roman à partir duquel j’ai eu envie de faire un lien entre des réalités politiques et culturelles, des événements sociaux découverts avec mes documentaires. Le roman s’intitule Nu rouge, mais finalement j’aurais pu le titrer Fil rouge !
Quel est le propos de Nu rouge, c’est un road-movie social ? On pense à un Guédiguian du Nord…
Je suis assez flatté de cette comparaison et la filiation ne me dérange absolument pas ! Guédiguian est plus qu’intéressant pour mêler dans ses fictions une approche sociale. Ce que je trouve pertinent dans la littérature, c’est qu’elle ne soit pas détachée de la réalité sociale et politique. Dans nos vies de tous les jours, on vit aussi en fonction des films qu’on a vus, des romans qu’on a lus, des événements sociaux qui se produisent autour de nous… Notre sensibilité se trouve complètement façonnée par tout cela, et il me paraît important d’en imprégner mon travail romanesque.
Justement dans Nu rouge, il y a une quête intellectuelle et personnelle qui peu à peu va se muer en prise de conscience politique et sociale chez le personnage principal (Camille), qui va l’imprégner…
Tout à fait. Confrontée à la réalité de ce Nord, Camille va enrichir et élargir sa réflexion. Elle sera plus ouverte sur le monde. La dernière phrase du roman ? « Camille va devenir une femme dans le monde. » Voilà l’idée : tant qu’on est universitaire [Camille entame une thèse sur Edouard Pignon, peintre du XXe siècle, ancien mineur, ami de Picasso, ce qui la mène sur les lieux-même où il a peint, le Nord] le risque est grand à se détacher du monde.
On peut vous lire, on peut vous regarder : la crise et ses conséquences sur l'emploi, c’est le sujet de Crise chronique votre dernier film documentaire ?
Oui, j’ai un autre roman en préparation et puis Crise chronique doit être complétée pour France 3. Si bien qu’il va s’appeler Crise(s). Il rend compte de ce que, en économie, on appelle la variable ajustable : c’est-à-dire les gens. Les gens au plus bas de l’échelle sociale…