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mis en ligne le 5 janvier 2016

La boutique Club Emploi, 20 ans de métiers

Depuis 1995, la Boutique club emploi accueille le public sans rendez-vous et accompagne la recherche d’emploi. Cette structure paramunicipale aide les usagers à s’adapter aux exigences du marché du travail. Avec succès.

boutique Club Emploi
Au numéro 15 de l'allée Nelson Mandela, la boutique Club Emploi reçoit et conseille sans aucune contrainte administrative pour l'usager. © Mairie de Tremblay-en-France

Au numéro 15 de l’allée Nelson Mandela, la Boutique club emploi (BCE) vibre au rythme des claviers d’ordinateurs et des entretiens individuels. Ce lundi matin de décembre 2015, quatre personnes attendent à l’accueil.

Dans la grande salle, deux conseillers font le point avec des utilisateurs sur les possibilités d’embauches. Rivées sur les PC, deux femmes peaufinent leur CV. Plus loin, un jeune homme décortique les offres d’emplois affichées au tableau.

En salle de réunion, huit personnes suivent l’atelier relooking. Partout, on parle expérience et stratégie professionnelles, formation et motivation.

Facile à utiliser

« Pas besoin de prendre un rendez-vous pour consulter la Boutique, souligne sa directrice Fadia Azzaoui. On n’impose aucun critère d’âge ou de lieu de vie, ni aucune contrainte de suivi. »

Bref consulter la BCE, c’est d’abord facile. L’usager franchit la porte. Une chargée d’accueil note juste le motif de la visite. Aucun contrôle n’est exercé. En fonction de sa demande, l’utilisateur accède directement au libre-service ou rencontre un conseiller.

Ici, les démarches sont simples. Pour Fadia Azzaoui, « c’est une des principales raisons de notre succès. De leurs côtés, la mission locale suit les jeunes jusqu’à 26 ans, habitant sur la ville, et Pôle emploi a d’autres contraintes administratives. »

Avec l’explosion de l’emploi précaire et la hausse du chômage, le nombre de visiteurs augmente au fil des années. La Boutique a enregistré 17 244 visites en 2014, contre 10 500 en 2012.

De même, elle a réalisé 3 124 entretiens individuels en une seule année. Au delà des chiffres, c’est aussi la qualité de l’accueil, du conseil et de l’écoute mise en oeuvre qui explique la fréquentation de ce service paramunicipal.

Soutien technique

« Je viens à la Boutique dès que je n’ai plus de mission, raconte Malika 47 ans, animatrice à temps partiel. Les conseillers m’aident et m’encouragent. J’ai l’impression de continuer à travailler ! »

Accompagnée par la BCE, Malika a passé le Brevet d’aptitude aux fonctions d’animateur (BAFA). Elle prépare désormais le concours petite enfance de la ville de Paris. Que ce soit pour (re)faire un CV ou réfléchir à une reconversion, la BCE accompagne ainsi chaque utilisateur selon ses besoins.

De la direction aux conseillers d’insertion, une équipe de dix spécialistes est mobilisée. Et plusieurs sont présents depuis l’ouverture ! Installée en 1995 au centreville, la Boutique affiche vingt années d’expérience dans l’insertion professionnelle.

Offres d’emplois, de formations, informations administratives, exemples de CV et de lettres de motivation, contacts en entreprise, téléphone, etc. « Ici tout est à disposition, tout est fait pour permettre aux gens d’être autonomes », détaille Arnold Makwo, animateur libre-service.

Le libre service, c’est l’espace où le public trouve toute la documentation en libre-accès : journaux, offres d’emplois, catalogues de formations, etc. Les usagers ont également accès à deux ordinateurs pour des sessions de 3/4 d’heure. Bien sûr, un conseiller intervient en cas de besoin…

Accompagnement personnalisé

Deux types d’accompagnement coexistent à la Boutique club emploi. Au quotidien, les conseillers interviennent pour aider à adapter un CV, écrire une lettre de motivation, remplir un dossier de demande de formation, voire préparer un entretien de recrutement.

En parallèle, la BCE propose aux utilisateurs de rejoindre un dispositif d’accompagnement à l’emploi. Appelés parcours, ces dispositifs au long cours alternent des ateliers de découverte des métiers, des sessions de formation, de la mise en situation, etc.

Pour Fadia Azzaoui : « La faiblesse de ces actions, c’est que les parcours sont dépendants de leurs financements. Par exemple, le dispositif Parcours de femme n’a pas lieu cette année car on n’a pas décroché l’appel à projet de la fondation RAJA et de la région. »

Reste une question : est-ce que l’entrée en vigueur de la Métropole du Grand Paris obère ce service public de proximité ? « C’est l’inconnue, constate Fadia Azzaoui. Si l’emploi et l’insertion restent une compétence communale, nous pourrons continuer d’intervenir et d’améliorer nos services. Sinon, tout dépendra des priorités de la majorité en place au Conseil de territoire. »

« La municipalité a fait de l’emploi une priorité »

Interview de Céline Fréby, adjointe au maire déléguée à l’insertion et à l’économie sociale et solidaire.

Quel bilan tirez-vous de l’action de la Boutique club emploi ?

Les chiffres illustrent le très bon travail effectué par l’équipe de la BCE. 40% des visiteurs viennent de Sevran, Villepinte et de villes plus éloignées. Ce résultat montre comment cet équipement, subventionné en majorité par la ville, puis par Terres de France jusqu’en 2015, rayonne au-delà de Tremblay.

D’autre part, la Boutique rassemble environ 170 personnes par an à travers ses différents parcours. Elle démontre donc l’utilité des dispositifs qu’elle imagine. D’ailleurs son expertise est reconnue par ses paires. La Boutique participe au groupe emploi insertion qui rassemble les acteurs du territoire. Et 80 % des offres d’emplois proposées par la BCE proviennent de ses partenaires.

Est-ce que la Boutique dispose des moyens nécessaires à son action ?

En termes de place, de matériel et de personnel, on a besoin de plus. Mais les contraintes budgétaires subies par la ville rendent impossible un effort financier supplémentaire. Le budget de la BCE reste stable en 2016, car la municipalité a fait de l’emploi une priorité. Désormais, la Boutique doit trouver de nouvelles ressources. C’est une nécessité, en particulier pour financer les parcours.

Avec l’entrée en vigueur de la Métropole du Grand Paris et du Conseil de territoire, on peut se demander comment les fonds seront réorientés… Tout dépendra de la volonté politique des nouvelles institutions. Quoi qu’il en soit, élargir le territoire permet de construire de nouvelles dynamiques. En l’occurrence, les communes voisines ont également de bonnes idées et l’on peut trouver des synergies. C’est le cas avec la Ressourcerie « 2mains » à Aulnay.

Dans ce contexte, quels nouveaux axes la BCE pourrait-elle développer ?

Il faut investir le social. La BCE s’inscrit dans un maillage territorial avec les partenaires de l’emploi. J’aimerais renforcer ce circuit. Personne ne devrait en sortir sans avoir levé au moins un frein à l’accès à l’emploi : formation, garde d’enfants, etc. Dans cette logique, il faut soutenir l’insertion par l’activité économique et développer l’Économie sociale et solidaire.

Car c’est placer l’humain au coeur de l’entreprise et créer des emplois pérennes et non délocalisables. Favoriser l’emploi de proximité, la mise en place de Systèmes d’échanges locaux, l’agriculture urbaine, les entreprises d’insertion comme le restaurant Le Relais à Pantin, Balluchon, les serres de Romainville, la création de sociétés coopératives – telles les Scop et les SCIC – comme UTB dans le bâtiment. Il faut enclencher ce cercle vertueux.

La BCE pourrait devenir un maillon fort de cette organisation. En attendant, la Boutique doit continuer d’agir dans des directions très différentes pour renforcer son expertise et multiplier les leviers permettant de sortir les personnes de la précarité. Le Parcours vers l’emploi financé par l’association Retour en course (REC) est un nouvel exemple d’initiative originale et constructive.


Auteur : Emmanuel Andreani

(copie 1)