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mis en ligne le 07 mars 2016

Profs non-remplacés, absence d'égalité

Parents d’élèves, enseignants et municipalité se mobilisent face au manque de postes de remplaçants et à la future carte scolaire. Ils dénoncent un manque chronique de moyens, au détriment de la réussite scolaire des enfants.

Mobilisation devant les écoles avec l'élue Amel Jaouani

Le 11 février 2016, les élus tremblaysiens - ici Amel Jaouani - étaient aux côtés des parents d'élèves mobilisés dans les écoles. Ci-dessous, la délégation des enseignants et parents d'élèves auprès des services académiques. © Mairie de Tremblay-en-France

Zéro pointé pour le remplacement des profs absents. En janvier et février 2016, Tremblay a compté jusqu’à 20 classes privées de cours en une seule journée, leurs enseignants absents n’étant pas remplacés. « On totalise 390 jours de cours perdus de septembre 2015 au 5 février 2016, pointe Nathalie Bognigni, déléguée du personnel SNUipp- FSU ».

Le chiffre de 390 jours d’absences non remplacées depuis septembre 2015 est même sous-estimé, car « il ne concerne que 17 écoles sur les 25 établissements tremblaysiens ». Le syndicat d’enseignants avait audience avec les services académiques (DSDEN) pour dénoncer les aberrations de la carte scolaire. Mais les représentants de parents d’élèves – Mme Lemaire pour les Petits Pioufs et Mme Amara pour la FCPE – ont rejoint la délégation des enseignants et des directeurs d’école, avec le soutien de la municipalité. Une vingtaine de personnes s’est rendue à Bobigny, le 15 février 2016.

Sans légalité pas d’égalité

À Tremblay, les parents d’élèves avaient déjà investi une quinzaine d’écoles le 11 février 2016 pour protester contre l’explosion du nombre d’absences non remplacées. Une véritable catastrophe en cascade. Vingt classes fermées, c’est 500 enfants à placer, 500 élèves recasés dans d’autres classes où ils gênent le déroulement normal des cours. C’est autant de cours à rattraper et de programmes bâclés. Des élèves fragilisés et des profs épuisés...

Avec une nouveauté : auparavant seules les absences courtes restaient en souffrance, or les longs congés maladies commencent eux aussi à ne plus être remplacés, comme à Marie-Curie. « C’est inadmissible !, s’indigne Amel Jaouani, conseillère municipale déléguée à l’enseignement primaire. Les élus ont accompagné le blocus des parents et ils soutiennent les enseignants sans réserve. Chaque année le problème se répète et s’aggrave. »

Loin d’être isolée, la situation de Tremblay est malheureusement à l’image de celle du département. La Seine-Saint-Denis a enregistré des journées à 8 000 élèves de primaire sans instituteur.

Bonnet d’âne ?

Le ministère de l’Éducation nationale a annoncé fin janvier 2016 la création en Seine-Saint-Denis de 503 postes d’enseignant supplémentaires et 110 postes pour la brigade des remplaçants... à la rentrée 2016 ! En attendant, les enfants restent Gros-Jean comme devant.

Avec une hausse attendue de 2 227 élèves sur le département, pas sûr que la mesure suffise à mettre en place le dispositif « Plus de profs que de classes » et la scolarisation des moins de 3 ans. Ni à reconstituer le corps des Rased (Réseau d'aides spécialisées aux élèves en difficulté) et à assurer les remplacements nécessaires.

Pour 230 professeurs des écoles, Tremblay s’appuie sur un groupe estimé à 27 remplaçants « dont 10 vacataires, rappelle Nathalie Bognigni. Or ces personnels recrutés à Pôle emploi ne sont souvent ni formés ni compétents pour enseigner. L’intervention est complètement différente quand c’est un professeur remplaçant en titre et en poste sur la circonscription, qui connaît la ville. »

Le SNUipp-FSU 93 a par exemple lancé une pétition en février 2016 pour recruter comme remplaçants les 100 à 150 candidats inscrits sur liste complémentaire au dernier concours de professeur des écoles. Sur le site ouyapacours.fcpe.asso.fr, la FCPE invite les acteurs de l’éducation à recenser toutes les absences non-remplacées. Les syndicats enseignants ont appelé à un mouvement national le 9 mars 2016.

Sortir du statu quo

« Heureusement, l’école produit de belles choses, insiste Nathalie Bognigni, également directrice de l’élémentaire Brossolette. Avec des enseignants investis, des jeunes dynamiques, des élèves à l’esprit ouvert et de nombreux accompagnements proposés par la ville. »

La crainte des acteurs de l’éducation est de voir s’évaporer le travail réalisé, répond en écho Amel Jaouani : « L’entretien des bâtiments, les Temps d’activités périscolaires, les personnels ATSEM, les dispositifs culturels et sportifs au sein des écoles, les classes transplantées... La municipalité investit massivement dans l’éducation et n’accepte pas le manque chronique de remplaçants. À minima, sortir du statu quo implique de se mobiliser avec les parents et les enseignants tant que nous n’aurons pas gain de cause. » En somme, Tremblay demande juste un service public de l’éducation digne de ce nom.

Auteur : Emmanuel Andréani

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