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mis en ligne le 05 janvier 2016

La création sans limite

C’est une artiste singulière que la MJC Caussimon accueille en résidence. Scientifique, plasticienne, Dominique Peysson travaille avec des matériaux émergents qui réagissent à leur environnement direct et nous transportent dans un monde mystérieux et poétique.

Trafic, une installation entre Art et Science microfluidique, par Dominique Peysson

Trafic, une installation entre Art et Science microfluidique, par Dominique Peysson © Mairie de Tremblay-en-France

Rencontrer Dominique Peysson est une expérience enthousiasmante, un peu intimidante. Pour appréhender son travail artistique, il faut s’arrêter quelque temps sur son impressionnant parcours, appelons-le ainsi, professionnel. Dominique Peysson est d’abord ce qu’on peut appeler « une tête ».

Avant de devenir artiste plasticienne, et de travailler dans un atelier, sa vie se déroulait beaucoup dans les laboratoires, entre pipettes et microscopes. L’artiste était (et est toujours) une scientifique. Docteure en physique de l’université de Paris 6 Pierre et Marie Curie, ingénieure à l’EPSCI, l’école supérieure de physique et de chimie industrielles de la ville de Paris (après un post-doc à Cambridge), son objet de recherche tournait autour des « propriétés de matériaux polymères possédant un caractère cristal liquide ».

Autant dire pas accessible à tous. Mais au bout de 18 ans, elle quitte son poste à l’EPSCI. « J’avais vraiment besoin de créer », dit-elle simplement, en sirotant un café allongé dans la cafétéria lumineuse de l’École nationale supérieure des arts décoratifs où elle effectue un post-doctorat (son deuxième), un après-midi de décembre.

Elle, qui par ailleurs, a toujours dessiné et donne des cours d’arts plastiques aux enfants et aux adultes, décide alors de devenir créatrice et illustratrice de livres pour enfants. Elle participe à la création d’une douzaine de livres. Mais pour l’autodidacte, l’exercice de création s’avère trop étroit. Encore.

Au tournant de ses 40 ans, elle prépare une nouvelle mue. Vers l’art contemporain. Avec d’abord un retour sur les bancs de l’université. « En art contemporain, il faut avoir une très bonne connaissance du contexte artistique pour ne pas être à côté de la plaque, ne pas être ridicule, cela demande notamment beaucoup de lectures », assure Dominique Peysson.

Elle reprend donc une licence (en L3) à la Sorbonne et s’engage dans un deuxième doctorat. Sa thèse est intitulée « Expérience esthétique, expérience physique : les nouveaux matériaux à l’épreuve de l’interactivité ». Voilà son engagement, faire le pont entre la recherche artistique contemporaine et la recherche scientifique.

Explorer à l’infini

Et c’est la matière qui sera son grand sujet, celui qui va lui permettre d’explorer à l’infini. « Il s’agit de la matière qui répond à son environnement, elle est responsive. C’est une haute technicité, une haute technologie du sensible, autre que le numérique », définit-elle.

Et que sont ces matériaux ? Pour les novices, ils relèvent de la magie. Pour les scientifiques et les initiés, il s’agit de méta-matériaux, de matériaux supraconducteurs, à mémoire de forme, (« ceux qui sont sensibles à leur environnement par exemple à l’humidité »), etc. « Ma volonté, explique-t-elle, est d’utiliser des propriétés pour créer d’autres mondes, d’accéder à une certaine poésie. Ce que j’aime dans ces matériaux, c’est qu’ils sortent de l’ordinaire ».

Tout en permettant de restituer des phénomènes aussi communs que la buée d’eau. Dans Hydrophily (travail mené avec l'artiste taïwanaise Hsinli Wang), des dessins de buée sont exposés. Au fil des jours, les gouttes d’eau grossissent avec la condensation, la buée évolue en fonction de la température extérieure et les jeux de lumière fluctuent en présence des spectateurs. Dans Étude de nuage encore, l’artiste présente des tableaux représentant des nuages constitués de gouttes d’eau viscosifiée, permettant ainsi de contrôler sa vitesse d’évaporation.

Sculpture d’ADN

En définitive, Dominique Peysson continue de passer sa vie dans un laboratoire. En résidence à Tremblay à la MJC Caussimon, elle tentera de transmettre sa passion de la physique à des élèves de CM2 des écoles Jean-Moulin et Eugénie-Cotton.

« Nous allons travailler sur un matériau responsif très simple, très léger et très poétique », détaille-t-elle. Un système inspiré de son oeuvre Danser sous la pluie. Petit ballet de papier, où des éléments en papier, comme des origamis, s’envolent, réagissent lorsque l’air s’humidifie.

Elle exposera également Trafic, une installation où l’eau est toujours moteur : la circulation des gouttes d’eau dans des canaux de l’épaisseur d’un cheveu, peut être observée à l’oeil nu ou via un système de projection optique qui les grossit cent fois, permettant de voir les données qui circulent.

Cette oeuvre a une autre ambition finale, assez vertigineuse, celle de permettre de montrer des « proto-cellules : des systèmes chimiques les plus simples possibles présentant des caractéristiques qui les font s’apparenter aux toutes premières cellules vivantes apparues sur terre. » Enfin, Dominique Peysson s’attèlera à sa nouvelle création qu’elle cogite depuis un bout de temps maintenant et qui risque d’être spectaculaire : une sculpture d’ADN. L’exploration continue.

Auteur : Mathilde Azerot

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